Souvenir...

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dimanche 4 mai 2014

Approchant Shostakovich pas à pas

Une fumée dense et noire comme l'aura soviétique entourait Shostakovich pour moi. Les photos que les magazines ont publiées l'an dernier n'arrangeaient rien, ce petit homme en lunette ressemblant étrangement à un apparatchik - car l'homme est à la mode et on l'enregistre beaucoup, super-star Gergiev en a même fait une intégrale disponible sur VoD ici : http://www.citedelamusiquelive.tv/

Et puis toute la timidité face aux compositeurs du vingtième siècle, où mon ignorance est encore plus épaisse qu'ailleurs. Bref, j'ai eu du mal à écouter Shosta.

Dans deux semaines je vais pourtant écouter la cinquième symphonie live. Aussi je me prépare. La bonne BnF mettant à disposition sur iTunes les classiques à petits prix - de 2 à 5 Euros - j'ai trouvé une belle version de Bernstein et NYP. Que Bernstein n'a-t-il pas enregistré, tout y est.

Et là je trouve une symphonie quasi classique, quatre mouvements conventionnels - si ce n'est que le Scherzo précède le temps lent. Dans chaque mouvement les thèmes s'alternent de façon très intelligible. S'il y a tout de même de la dissonance que Brahms ne connaissait pas, on reste dans des tonalités compréhensibles.

Et je lis dans mon bon Tranchefort qu'il y a une raison à ce classicisme. C'est qu'en 1936 s'était fait éreinter pour son Lady Mac Beth trop provocateur et innovant, alors en 1937 il s'est racheté avec cette symphonie numéro 5 plus conforme aux attentes du Parti. Il ne fallait pas rigoler, Staline était aux manettes et les épurations quotidiennes. Comme quoi on peut risquer sa vie en écrivant des notes sur du papier....

Les états d'esprit qui se dégagent de cette pièce ne sont pas, eux, très classiques. Le premier mouvement est d'une tension énorme, les nerfs pouvaient bien être à fleur de peau chez les auditeurs. Je ne sais si Josip était dans la salle, lui aussi, regardant dans les lunettes de théâtre ses prochaines victimes... Et je m'aperçois de l'avoir souvent entendu au fait, Dieu sait où. Le second mouvement n'aurait pu se faire avant ni ailleurs, c'est d'un humour grinçant - de la musique un peu vulgaire que la clarinette rend drôle. Car Shosta est un de ses auteurs qui aiment la clarinette - Mozart, Weber, Brahms, lui...Mais cet humour-là est celui qu'on attribue, nous de l'Ouest, aux Russes qui se moquent du régime en douce; Le troisième mouvement m'émeut véritablement, canon triste. Le dernier est nerveux à nouveau, je l'aime moins. Ou alors est-ce la concentration qui baisse - ma concentration déclinant toujours fâcheusement après la première demi heure... Il faut que je songe à cela.

Bref ce n'est pas un objet froid de propagande que j'entends, mais un drôle d'objet classique sans l'être - et qui pète le feu dans la tension, l'humour libérateur et l'élégie.

Grande envie de l'entendre live par cet orchestre que je ne connais pas, mais qui m'est sympathique par son programme, soit l'Orchestre National d'Île de France.

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