Souvenir...

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samedi 5 juillet 2014

Résurrection après deux semaines de silence

Ce ne fut qu'un silence apparent. En réalité ma discothèque m'a accompagnée en ces soirs difficiles, depuis Shani Diluka et ses américains jusqu'au Beethoven de Brendel, en passant par Froeberger l'insoumis de Blandine Verlet.

Je n'ai pas pu ni voulu écrire, c'est tout. L'écoute musicale dans ce qu'elle a de plus personnel.

Maintenant, par deux fois j'ai passé la très belle Résurrection --- pardonnez le piètre jeu de mot su titre --- de Mahler par Zubin Mehta et les Wiener. Christa Ludwig et Ileana Cotrubas en solistes.

Je me dis après tant d'années d'ignorance que Mahler a une grande qualité, que d'autres considéreront un défaut : Il est facile d'écoute. La mise en scène fort dramatique de la mort suivie de la résurrection est d'une clarté enfantine. Marche funèbre obsédante en ouverture, danse macabre sur ton ternaire viennois, retour dramatique et enfin --- enfin !!! --- chant libératoire de l'homme souffrant ascendant au ciel. Bien que lentement, très lentement. Les thèmes sont beaux, développés de façon obsessionnelle, clairs et évidents comme des personnages de théâtre.

Un orchestre imposant --- les cuivres par dix et les bois par trois au minimum, sans compter le pupitre complet des percussions complets de gong "à effet" --- porte le monument vers les hauteurs. Deux voix féminines dramatiques et un grand choeur complètent l'effectif. Debussy, dit-on, a détesté ce déploiement pneumatique.

Surtout, surtout il y a ce fatras ancien de la résurrection chrétienne qui détonne un peu avec son temps. Le public parisien, blasé, ne pouvait aimer. Et pourtant. Pourtant, si c'était vrai, j'aimerais marcher vers ce grand soleil brûlant du finale après une vie de souffrance. Imaginer la tristesse de la fin physique, de la séparation dramatique des gens qu'on aime --- et dont le cortège funèbre résonne dans les premiers temps --- pour s'éveiller dans un Ciel consolateur de la souffrance de l'homme. Ce rêve d'un au-delà lumineux, plein et parfaitement serein auprès de Dieu, juxtaposé à un ici-bas plein de douleur et souffrance... Mahler y croyait-il seulement quelques ans avant sa mort prématurée de cardiaque...

Je me dis que finalement, et après avoir longtemps ignoré coupablement son auteur, cette Résurrection ma plaît beaucoup.

C'est un vieil enregistrement de 1975, du temps on redécouvrait Mahler. Mehta comme son ami Abbado ont contribué à cette renaissance. Le temps de ma première année de primaire, le temps où les amitiés de L2viathan de Auster se tissent --- souvenir de Vietnam et hippies effacés par les Brigate Rosse et la R.A.F... Deutsche Gramofon l'a choisi pour son intégrale Mahler.


dimanche 8 juin 2014

L'étrange Fidélio ou le héros victime

Oh surprirse, après une ouverture bien héroïque à la Ludwig, une musique à la légèreté mozartienne nous accompagne le long des deux actes.

Mais le sujet est d'une lourdeur, d'une morbidité pesante. Ces personnages enfermés dans une prison sinistre, jusqu'au cachot au fond du donjon où pourrit Florestan, sont d'une tristesse infinie. La belle Léonore en déguisé masculin - elle se fait engager par le gardien Rocco pour libérer le mari aimé Florestan - n'a rien des soubrettes piquantes de Wolfgang.

C'est une histoire très morale qui nous est concoctée, entre politique subversive - il faut libérer les prisonnier du geôlier infecte Pizarro, auquel le bon Rocco est obligé d'obéir - et la belle et fidèle Léonore ne songe qu'à libérer son beau monsieur en haillons.

Rocco est le personnage qui me plaît le plus. Il n'est pas pur, mais profondément compassionnel. Il doit se salir les mains et le fait - mais il sait aussi se sortir de la fange lorsque cela dépasse la cruauté normalement admise.

Mais de nouveau, le brio et la folie enfantine de Wolfgang nous manquent. C'est ici cachots, noirceur, héroïsme poisseux - où les histoires drôles de déguisements n'enlèvent pas un seul sourire.

Dans ce sujet pesant, la musique la plus belle ce dégage - une grâce viennoise se libère de chaque duo ou trio, qui mériterait plus de lumière.

Cela éclaire-t-il l'imaginaire de Ludwig ? Se voit-il en Florestan puant et en haillons, crevant de faim dans sa crasse sous l'oppression de gens méchants ? Rêve-t-il d'une Léonore qu'il n' a jamais rencontrée, capable de l'aimer au delà des barreaux et de son aspect repoussant ?

C'est un homme souffrant qu'on devine, très épris de lui-même et de sa droiture morale, et pourtant peu confiant dans le charme et l'image qu'il projette. Le musicien de génie qui se balade dans les salons aristocrates sans vraiment en faire partie... et l'homme mal aimé des femmes, dont il tombe amoureux à répétition.

C'est quelqu'un de touchant et souffrant, on sent de la compassion, mais soudainement la musique nous plaît plus que l'homme.

J'en vois une belle version à l'Opéra de Zurich - Bernard Haiïtink à la baguette, avec Katharina Thalbach à la mise en scène.

J'en ai écouté ma verion disque avec Bernstein dirigeant les Wiener Philarmoniker sur les voix de Lucia Popp et Dieter Fischer-Diskau.