Souvenir...

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samedi 12 juillet 2014

Shani Diluka

C'est la fille que nous aimerions tous avoir. Mignonne, gentille, avec du caractère et du génie.

Je me souviens il y a un an, Roger Mouraro. Son Chopin m'avait figée d'ennui : formel, formol, suspendu dans un liquide intello sans sang.

Ce n'est pas le cas ici. Le sang chaud circule, le soleil illumine un dynamisme exacerbé. Pianissimissimo suivi de fortsissimissimo - le nez dans les étoiles. Shani fait sortir de petits oiseaux délicats de sa main droite lorsque Chopin fait des petits thèmes d'enfant --- et elle lâche tout son corps sur des fortissimos épanouis ou dramatiques. La main gauche structure tout rigoureusement, forte, fluide.

Les harmonies hardies, les modulations modernes crispent le temps et l'espace, notamment dans la Balade noire, la première, la terrible.

Programme très ambitieux par ailleurs, les premiers trois nocturnes, les premières deux valses, la terrible ballade... Et puis les pièces lyriques de Grieg, et encore la Plus Que Lente de Debussy et ses Images --- étonamment percussives, notamment dans le Jardin sous la Pluie. Puis les bis, Clair de Lune, une autre valse de Chopin. On ne se gêne pas de la comparaison avec Rubinstein, Gieseking, Gilels...

Son beau sourire de fille sage qui sait son fait est ce qui sort des doigts : assurés, personnels, respectant ses classiques en les ébouriffant.

Tout cela dans le magnifique, le divin parc de Bagatelle. Les paons et les oies aux joues blanches déballent dans les allées raffinées, sous les arbres exotiques et les chenilles urticantes des chênes --- ces temps-ci...


dimanche 15 juin 2014

Cela eût mérité plus de monde

il y avait comme un air de veille funèbre à Pleyel ce soir. La saison prochaine ne sera pas. Le programme richissime de Pleyel part en partie à la nouvelle Philarmonique de Boulez, en partie à Radio France. Pleyel est officiellement for sale, à condition de ne plus programmer du classique. Je n'aime pas cela.

Ce sera peut-être ma dernière fois. L'année prochaine : TCE, leurs beaux concerts du matin; Opéra Comique, deux fois; et peut-être Radio France.

Tout cela est bien dommage. Il y avait peu de monde pour le Voyage de Marco Polo. Trop peu. Car c'était une petite merveille. Kalaitzidis incarne le voyage de Marco Polo dans une suite de compositions personnelles et de morceaux populaires d'Italie, Ouzbékistan, Mongolie, Chine et Corée. Des musiciens de ces pays s'alternent dans des solos suivant le tuttis - ce n'est pas une démonstration ni une évocation, mais vraiment une incarnation des peuples et des régions que Polo découvrait émerveillé. Les compositions originales sont belles, simples et populaires, utilisant modes et timbres de tous ces pays dans une fusion très réussie. Frissons lors de quelques solos, notamment lorsque ces dames ont des solos - le superbe lamento ouzbèque, le solo de flûte coréenne, le solo de corde chinois...

C'est en me faisant emporter que la tension est tombée, la grâce s'est faite. Dommage pour le pubic épars qui n'a même pas longuement applaudi ce très bel ensemble.




dimanche 18 mai 2014

Au coeur de l'orchestre

Ce sera ma dernière fois en arrière-scène. L'an prochain la nouvelle Philarmonie gobe tout le programme de Pleyel - je parie qu'ils ne vont pas remplir le théâtre. Politiciens au service de Boulez. Je vais passer au TCE.

Mais c'était une belle expérience. J'étais au tout premier rang parmi les percussions. Comme si j'en étais. C'est la découverte. En percussion, on se tait pour l'essentiel. Des pros silencieux et attentifs - ils comptent sans doute - attendent le bon moment pour intervenir. Et là c'est la tension, car la moindre erreur fait tomber la pièce à l'eau. Aujourd'hui c'était leur fête, Rachmaninov et Shostakovich offrant au pupitre des batteurs de l'Orchestre National d'Île de France la part belle. Cinq musiciens, un au xylophone, un aux timbales (le chef!), un au tambour, un aux cymbales et une à la grosse caisse. Le glockenspiel passe du premier au troisième. Mais c'est du faux sérieux. Lorsque le timbaliste a un passage à tambour battant, il s'amuse comme un gosse et un petit sourire jouissif accompagne ses clins d'oeil aux collègues... "Je fais du bruit!!!"

Juste un rang plus loin étaient les cuivres, eux aussi concentrés sur les fanfares qui ponctuent les symphonies de temps à autre... Mais le plus souvent ils se taisent. Ou alors, pour ces auteurs, la trompette émet quelques pets ci et là pour accentuer un côté drôle ou dramatique. Les cors font chambre à part, l'âme secrète de l'orchestre avec les violoncelles à mon sens. Mais lorsque un tutti les mobilise tous, et le chef demande qu'ils se lâchent, là aussi c'est la fête.

Ensuite les bois, qui se protègent les oreilles des cuivres derrière eux par le biais d'écran de plexiglas. Le hautbois est la star au mauvais caractère que l'on sait, la flûte a la place de la jolie femme, et la clarinette répète anxieusement les solos que Shosta lui accorde généreusement. Tout à gauche un colossal contrebasson, à côté des deux bassons, qui a un solo mémorable chez Shosta. Unique dans le répertoire ?

A droite la harpiste fait sa cuisine en solitaire. Son petit diapason électronique sorti du petit sac de dame, elle anticipe tous ses collègues pour accorder son instrument. Elle ponctue des points critiques, complice d'un chef d'orchestre qui souligne toutes ses interventions.

E tout au fond les cordes, dominées par ce directeur Otaka qui a des airs de Professeur Tournesol. Gentiment allumé, élégant, il invite souvent son orchestre à se lâcher dans les passage humoristiques ou "à se moucher dans les étoiles" - alors que l'orchestre semble tendu vers une précision absolue dans les pianos et les tempos. Il a un bon sourire et un vrai plaisir à jouer.

Un plaisir de voir toutes ces dames pénétrer les rangs. Une frêle jeune fille à ma gauche commande une énorme grosse caisse, deux fois aussi grande qu'elle. La coquette harpiste à ma droite plane sur ses collègues. Au centre, la première trompette est femme, derrière la première flûte à qui le Chef fait don de son bouquet final. Beaucoup de dames dans tous les pupitres, surtout dans le cordes. J'ai envie de leur demander comment elles peuvent toutes porter de si hauts talons - est-ce que cela ne gêne pas à l'oeuvre ? Je suis incapable, moi, d'en porter.

Enfin un mot pour Descharmes, le pianiste qui porte la Rhapsodie sur un Thème de Paganini. Je l'ai bien aimé, il maîtrisait avec beaucoup de justesse et émotion cette pièce de virtuose. A suivre...

Au programme un hommage au Japon du Chef, avec un beau Réquiem de 1956 composé par Takémistu. C'est ensuite une fête des années '30. Rachmaninov d'abord, retiré sur le Lac des Quatre Cantons - loin de Staline - et créant son dernier chef d'oeuvre concertant plein de nostalgie et de drame - les notes du Te Deum alternant au thème de Paganini dans une Rhapsodie folle. Shostakovich ensuite, avec sa symphonie qui, seule, a eu tant de succès - la cinquième. On se demande comment Staline  a pu l'aimer, s'il l'a aimée, mais ses apparatchiks à la musique ont laissé passer toute l'ironie et   la tristesse d'une pièce à l'apprence héroïque. Car elle est noire cette cinquième, toute dans les tons bas - contrebasses, bassons et contrebasson en gloire.

Est-ce parce que j'ai rêvé de mort, cette nuit. Le sommeil était réparateur, mais je me voyais de retour à Munich - la ville de ma jeunesse - et tous ceux que je connaissais étaient morts. Le poids d'une énorme tristesse m'a réveillée sur le cimetières de mes souvenirs dorés.