Souvenir...

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samedi 12 juillet 2014

Shani Diluka

C'est la fille que nous aimerions tous avoir. Mignonne, gentille, avec du caractère et du génie.

Je me souviens il y a un an, Roger Mouraro. Son Chopin m'avait figée d'ennui : formel, formol, suspendu dans un liquide intello sans sang.

Ce n'est pas le cas ici. Le sang chaud circule, le soleil illumine un dynamisme exacerbé. Pianissimissimo suivi de fortsissimissimo - le nez dans les étoiles. Shani fait sortir de petits oiseaux délicats de sa main droite lorsque Chopin fait des petits thèmes d'enfant --- et elle lâche tout son corps sur des fortissimos épanouis ou dramatiques. La main gauche structure tout rigoureusement, forte, fluide.

Les harmonies hardies, les modulations modernes crispent le temps et l'espace, notamment dans la Balade noire, la première, la terrible.

Programme très ambitieux par ailleurs, les premiers trois nocturnes, les premières deux valses, la terrible ballade... Et puis les pièces lyriques de Grieg, et encore la Plus Que Lente de Debussy et ses Images --- étonamment percussives, notamment dans le Jardin sous la Pluie. Puis les bis, Clair de Lune, une autre valse de Chopin. On ne se gêne pas de la comparaison avec Rubinstein, Gieseking, Gilels...

Son beau sourire de fille sage qui sait son fait est ce qui sort des doigts : assurés, personnels, respectant ses classiques en les ébouriffant.

Tout cela dans le magnifique, le divin parc de Bagatelle. Les paons et les oies aux joues blanches déballent dans les allées raffinées, sous les arbres exotiques et les chenilles urticantes des chênes --- ces temps-ci...


samedi 17 mai 2014

Souvenir de guerre

Voici l'autre anniversaire de l'année, au fait le grand anniversaire, le souvenir douloureux : Il y a cent ans, le Der des Der commençait. Pour des raisons que nous avons tous essentiellement oubliées et qui nous semblent absolument vaines, aujourd'hui.

Les musiciens ont baigné dans les horreurs du vingtième siècle. Certains, rares, ne s'y sont pas penchés vraiment, Strauss par exemple. Mais la plupart ont vécu, ressenti, renvoyé.

Debussy n'est pas l'exception. Ses dernières années de vie, alors qu'il était en phase terminale de son cancer des intestins, malade fatigué et incapable de créer ses oeuvres, ont vu la Grande Guerre. Il n'en verra pas la fin de justesse.

Ainsi forcé au patriotisme en musique, lui qui était comme beaucoup ouvert à toutes les influences européennes, russes allemandes espagnoles ..., il devenait un héros désagréable du nationalisme franchouillard.

Aujourd'hui encore, je trouve incommodante la dévotion toute académique que les musiciens et les institutions portent à Claude de France. Lorsque j'écoute France Musique, j'ai parfois l'impression de sentir le ton que les Italiens et es Polonais portent à Woytila : Une déférence excessive comme devant un Saint Intouchable. Longtemps cela m'a un empêchée d'écouter simplement et de façon ingénue.

Or j'ai trouvé le moyen d'aller outre. Gieseking, l'Allemand contemporain de Debussy - bien que plus jeune. Cela fait partie d'une intégrale de 1955 je crois - la documentation iTunes est souvent bien trop déficiente... Car Gieseking faisait des choix de répertoire quasiment idéologiques : les français Debussy et Ravel, et les "décadents" Hindemith our Szymanovski. Il a eu la chance de faire les débuts de sa carrière dans les années vingt, avant Hitler, et d'avoir une véritable culture internationale. Il me semble injuste qu'on l'accuse de collaborer avec la dictature, rien que pour avoir souhaiter rentrer en Allemagne pendant la guerre.

Et sous les doigts de Gieseking les Etudes de 1915 ont pris vie pour moi pour la première fois. Je les négligeais, ne les connaissais pas, elles ont d'ailleurs une discographie iTunes relativement modeste. On trouve parfois une ou deux études au programme d'un récital, mais pas beaucoup les douze pièces.

Or c'est une découverte. Ces pièces sont d'un lyrisme extrême. Les contraintes ennuyeuses de l'instrument, qui dictent les différents exercices de style, ne sont que prétexte à exploiter toutes les nuances du clavier pour la poésie pure. Une poésie relativement douloureuse et sobre, sans le pittoresque des pièces impressionnistes plus précoces.

Il y a beaucoup d'hommages dans ses études. D'abord Chopin, bien sûr, et ses propres Etudes. Ensuite les clavecinistes français. Celle à huit doigts est un hommage à eux, qui n'utilisaient pas - semble-t-il - le pouce. Les agréments sont ceux de Couperin - ils étaient utilisés pour faire résonner le clavecin, sans pour autant lui ôter la poésie. Les Etudes ne sont-elles pas conçues pour apprendre aux Etudiants l'héritage du passé...

Mais chaque pièce est d'une grande modernité. Le plus souvent hors tonalité, suspendues dans un espace intime et lyrique, ancrées dans toutes les expérimentations de Debussy.

L'Etude des Sonorités Opposées est des plus prisées. Pur plaisir du son d'une part, recueillement en demi teintes d'autre part. Le son liquide du clavier effleuré, dans un "piano" soutenu dans la lumière. Il n'y a aucun centre, rien qu'un continuum de mouvements de l'oeil et de la perception. Comme souvent ce sont les bleus et les jaunes qui s'imposent à mon esprit, le soleil et la mer. Ce sont les tons graves du piano qui mènent la danse, sur un tempo lent que la pédale éternise.

C'est peu avant le Noël 1916 que Walter Rummel crée les Etudes à Paris. On se demande qui pouvait être en ville alors que les combats avalaient la jeunesse masculine. Des vieux, des femmes, et des imbusqués, certainement. Quelle salle d'ailleurs... Pour une oeuvre bénévole d'assistance aux enfants des musiciens au font. C'est le futur amant de Isadora Duncan qui joue.

Référence amusante à Gieseking http://pianopratique.wordpress.com/2012/06/22/les-lecons-du-bon-docteur-gieseking-piano-technique-hints-by-w-gieseking/