Souvenir...

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dimanche 20 juillet 2014

Messiaen Milhaud...

Le hasard des émissions de France Culture m'ont fait mettre les deux M's sacrés du vingtième siècle l'un après l'autre.

M's sacrés et pourtant pas trop. Car ils sont si peu programmés en salle. Leur sort s'inscrit dans ce moment de l'histoire, peut-être, où les compositeurs se sont peu à peu effacés dans l'imaginaire des gens : Langue savante que le commun des auditeurs ne connaît ni ne partage --- ce n'est pas celle qu'on apprend au solfège ou dans la chorale paroissiale ---, naissance du disque populaire en parallèle, publique averti détourné vers le jazz.... Ravel et Debussy, Strauss et Wagner auront été les dernières stars populaires. Dutilleux a pu décéder l'an dernier dans l'indifférence générale.

Stars pourtant. Plus faciles d'écoute que la très cérébrale second école de Vienne, malgré les dogmes Bouleziens --- raus les vieux franchouillards, drein Berg et Webern... encore plus vieux l'avons-nous jamais dit, et peut-être moins créatifs. Qui sait qui fait que la dodécaphonie s'est affirmée après la second guerre mondiale comme la seule chose qui vaille dans le panorama contemporain.

Je me suis attachée à Messiaen grâce à Darrien, de France Musique, qui par deux fois en a fait son pain lors du Matin des Musiciens. Avec Maire Vemeulen --- en filiation directe su maître via Roger Muraro --- la jeune femme a illustré les Petites Esquisses d'oiseaux et les Vingt regards sur l'Enfant Jésus. Il paraît que ces élèves accouraient aux leçons d'analyse de Messiaen, quitte à moquer ses bizarreries depuis le mysticisme jusqu'à l'amour des moneaux et autres rossignols.  Messiaen écrit en modes, il n'est pas fan de la dodécaphonie, et ne se gêne pas pour écrire quelques pages tonales si cela lui chante.

J'ai donc les Préludes et les Petites Esquisses par Vermeulen, et les Vingt Regards par Muraro. Je les écoute petit à petit, sans négliger les explications du maître même qui éclaire une matière complexe.

Milhaud, franchement, c'est plus facile, plus exubérant. Il ne s'embarrasse pas de snobisme pour puiser dans le folklore, dans les marimbas brésiliennes comme dans le jazz entre deux guerres. Secrétaire de Claudel, il le suit en ambassade au Brésil, puis écrit le Boeuf sur le Toit sur un sujet de Cocteau. Sa suite française date de 1944, l'année des Vingt Regards de Messiaen. A-t-on oublié cette année de fin de guerre --- Milhaud encore en exile en Amérique, Messiane mal vu par les pétainistes.

J'ai un très bel enregistrement de la Bayerische Rundunk avec Celibidache avec son concerto pour marimba --- délicieux ! --- et sa suite française. Un bel Alexandre Tharaude avec Saudades do Brail en piano --- et la Muse ménagère, et autre.

Découverte récente, à ré-écouter encore et encore --- un monde imaginaire et spirituel riche dont je ne vois que le début après des longues années d'ignorance.

samedi 12 juillet 2014

Shani Diluka

C'est la fille que nous aimerions tous avoir. Mignonne, gentille, avec du caractère et du génie.

Je me souviens il y a un an, Roger Mouraro. Son Chopin m'avait figée d'ennui : formel, formol, suspendu dans un liquide intello sans sang.

Ce n'est pas le cas ici. Le sang chaud circule, le soleil illumine un dynamisme exacerbé. Pianissimissimo suivi de fortsissimissimo - le nez dans les étoiles. Shani fait sortir de petits oiseaux délicats de sa main droite lorsque Chopin fait des petits thèmes d'enfant --- et elle lâche tout son corps sur des fortissimos épanouis ou dramatiques. La main gauche structure tout rigoureusement, forte, fluide.

Les harmonies hardies, les modulations modernes crispent le temps et l'espace, notamment dans la Balade noire, la première, la terrible.

Programme très ambitieux par ailleurs, les premiers trois nocturnes, les premières deux valses, la terrible ballade... Et puis les pièces lyriques de Grieg, et encore la Plus Que Lente de Debussy et ses Images --- étonamment percussives, notamment dans le Jardin sous la Pluie. Puis les bis, Clair de Lune, une autre valse de Chopin. On ne se gêne pas de la comparaison avec Rubinstein, Gieseking, Gilels...

Son beau sourire de fille sage qui sait son fait est ce qui sort des doigts : assurés, personnels, respectant ses classiques en les ébouriffant.

Tout cela dans le magnifique, le divin parc de Bagatelle. Les paons et les oies aux joues blanches déballent dans les allées raffinées, sous les arbres exotiques et les chenilles urticantes des chênes --- ces temps-ci...


vendredi 23 mai 2014

Les sonates de Haydn

Semaine très remplie avec peu de musique.

Le soir, cependant, après le bruit de la journée, de la ville, et de la télévision... une sonate de Haydn. Mon bon vieux, celui que peu écoutent aujourd'hui et qu'on peine à avoir dans une salle de concert parisienne.

Que voulez-vous, petite fourmis méthodique, j'aime ses formes articulées et bien posées dans les différentes tonalités.

Mais ce qui me frappe est surtout la variété. Enorme. Dans le même sonate, les différentes humeurs de l'humor à la douleur se succèdent bien nettement. Et au cours de sa longue vie, de la Une à la Soixante-deux : quel changement !

Le sort a fait que beaucoup de nos compositeurs soient morts jeunes. Pas Joseph. Papa, comme l'appelaient ses amis et élèves dont Mozart. Né quand le dix-huitième était encore jeune, du vivant de Jean Sébastien, Domenico et Jean-Philippe - il a le temps de voir la première décennie du dix-neuvième en toute gloire. Tout juste le temps de détester Napoléon et d'écrire des messes pour Nelson - ou d'aller à Londres - sans pour autant jouir de Waterloo.Il sera parti quelques années plus tôt.

Et voilà, ses sonates très différentes. Du Scarlatti élégant au début, mais en forme sonate par CPE Bach. De l'Empfinsamkeit fo-folle, de coup de larmes en coup de joie, en un deuxième temps. Au style galant - certains n'aiment pas, j'adore - élégant et savant. Pour finir avec du Beethoven tout cuit. La 62 est étonnante. Une sonate "héroique" avant l'heure.

Haydn était un homme gai. Ses temps rapides sont pleins d'énergies - il est plus connus pour eux que pour ses temps lents. J'aime pourtant plusieurs pages d'adagio ou lento, ceux d'un homme chaleureux qui a pu connaître ou reconnaître chez d'autres la douleur.

Une anecdote entre autres me rend l'homme particulièrement sympathique. Le prince de Prusse lui commande des quatuors une deuxième fois, après avoir reçu un premier ensemble. Haydn sait que Mozart est en difficultés économiques à ce moment, et le recommande chaudement au Prince... qui passe sa commande, et son argent, à Amadeus plutôt qu'à Joesph. Chic type !

Trois pianistes et quatre disques dans ma discothèque. Anne Queffélec, qui m'a ravie dans la 62. Sviatoslav Richter dans des sonates juvéniles d'une très grande finesse. ET maintenant Jean-Efflam Bavouzet, entre Sturm und Drang et style galant.

dimanche 18 mai 2014

Au coeur de l'orchestre

Ce sera ma dernière fois en arrière-scène. L'an prochain la nouvelle Philarmonie gobe tout le programme de Pleyel - je parie qu'ils ne vont pas remplir le théâtre. Politiciens au service de Boulez. Je vais passer au TCE.

Mais c'était une belle expérience. J'étais au tout premier rang parmi les percussions. Comme si j'en étais. C'est la découverte. En percussion, on se tait pour l'essentiel. Des pros silencieux et attentifs - ils comptent sans doute - attendent le bon moment pour intervenir. Et là c'est la tension, car la moindre erreur fait tomber la pièce à l'eau. Aujourd'hui c'était leur fête, Rachmaninov et Shostakovich offrant au pupitre des batteurs de l'Orchestre National d'Île de France la part belle. Cinq musiciens, un au xylophone, un aux timbales (le chef!), un au tambour, un aux cymbales et une à la grosse caisse. Le glockenspiel passe du premier au troisième. Mais c'est du faux sérieux. Lorsque le timbaliste a un passage à tambour battant, il s'amuse comme un gosse et un petit sourire jouissif accompagne ses clins d'oeil aux collègues... "Je fais du bruit!!!"

Juste un rang plus loin étaient les cuivres, eux aussi concentrés sur les fanfares qui ponctuent les symphonies de temps à autre... Mais le plus souvent ils se taisent. Ou alors, pour ces auteurs, la trompette émet quelques pets ci et là pour accentuer un côté drôle ou dramatique. Les cors font chambre à part, l'âme secrète de l'orchestre avec les violoncelles à mon sens. Mais lorsque un tutti les mobilise tous, et le chef demande qu'ils se lâchent, là aussi c'est la fête.

Ensuite les bois, qui se protègent les oreilles des cuivres derrière eux par le biais d'écran de plexiglas. Le hautbois est la star au mauvais caractère que l'on sait, la flûte a la place de la jolie femme, et la clarinette répète anxieusement les solos que Shosta lui accorde généreusement. Tout à gauche un colossal contrebasson, à côté des deux bassons, qui a un solo mémorable chez Shosta. Unique dans le répertoire ?

A droite la harpiste fait sa cuisine en solitaire. Son petit diapason électronique sorti du petit sac de dame, elle anticipe tous ses collègues pour accorder son instrument. Elle ponctue des points critiques, complice d'un chef d'orchestre qui souligne toutes ses interventions.

E tout au fond les cordes, dominées par ce directeur Otaka qui a des airs de Professeur Tournesol. Gentiment allumé, élégant, il invite souvent son orchestre à se lâcher dans les passage humoristiques ou "à se moucher dans les étoiles" - alors que l'orchestre semble tendu vers une précision absolue dans les pianos et les tempos. Il a un bon sourire et un vrai plaisir à jouer.

Un plaisir de voir toutes ces dames pénétrer les rangs. Une frêle jeune fille à ma gauche commande une énorme grosse caisse, deux fois aussi grande qu'elle. La coquette harpiste à ma droite plane sur ses collègues. Au centre, la première trompette est femme, derrière la première flûte à qui le Chef fait don de son bouquet final. Beaucoup de dames dans tous les pupitres, surtout dans le cordes. J'ai envie de leur demander comment elles peuvent toutes porter de si hauts talons - est-ce que cela ne gêne pas à l'oeuvre ? Je suis incapable, moi, d'en porter.

Enfin un mot pour Descharmes, le pianiste qui porte la Rhapsodie sur un Thème de Paganini. Je l'ai bien aimé, il maîtrisait avec beaucoup de justesse et émotion cette pièce de virtuose. A suivre...

Au programme un hommage au Japon du Chef, avec un beau Réquiem de 1956 composé par Takémistu. C'est ensuite une fête des années '30. Rachmaninov d'abord, retiré sur le Lac des Quatre Cantons - loin de Staline - et créant son dernier chef d'oeuvre concertant plein de nostalgie et de drame - les notes du Te Deum alternant au thème de Paganini dans une Rhapsodie folle. Shostakovich ensuite, avec sa symphonie qui, seule, a eu tant de succès - la cinquième. On se demande comment Staline  a pu l'aimer, s'il l'a aimée, mais ses apparatchiks à la musique ont laissé passer toute l'ironie et   la tristesse d'une pièce à l'apprence héroïque. Car elle est noire cette cinquième, toute dans les tons bas - contrebasses, bassons et contrebasson en gloire.

Est-ce parce que j'ai rêvé de mort, cette nuit. Le sommeil était réparateur, mais je me voyais de retour à Munich - la ville de ma jeunesse - et tous ceux que je connaissais étaient morts. Le poids d'une énorme tristesse m'a réveillée sur le cimetières de mes souvenirs dorés.


samedi 17 mai 2014

Souvenir de guerre

Voici l'autre anniversaire de l'année, au fait le grand anniversaire, le souvenir douloureux : Il y a cent ans, le Der des Der commençait. Pour des raisons que nous avons tous essentiellement oubliées et qui nous semblent absolument vaines, aujourd'hui.

Les musiciens ont baigné dans les horreurs du vingtième siècle. Certains, rares, ne s'y sont pas penchés vraiment, Strauss par exemple. Mais la plupart ont vécu, ressenti, renvoyé.

Debussy n'est pas l'exception. Ses dernières années de vie, alors qu'il était en phase terminale de son cancer des intestins, malade fatigué et incapable de créer ses oeuvres, ont vu la Grande Guerre. Il n'en verra pas la fin de justesse.

Ainsi forcé au patriotisme en musique, lui qui était comme beaucoup ouvert à toutes les influences européennes, russes allemandes espagnoles ..., il devenait un héros désagréable du nationalisme franchouillard.

Aujourd'hui encore, je trouve incommodante la dévotion toute académique que les musiciens et les institutions portent à Claude de France. Lorsque j'écoute France Musique, j'ai parfois l'impression de sentir le ton que les Italiens et es Polonais portent à Woytila : Une déférence excessive comme devant un Saint Intouchable. Longtemps cela m'a un empêchée d'écouter simplement et de façon ingénue.

Or j'ai trouvé le moyen d'aller outre. Gieseking, l'Allemand contemporain de Debussy - bien que plus jeune. Cela fait partie d'une intégrale de 1955 je crois - la documentation iTunes est souvent bien trop déficiente... Car Gieseking faisait des choix de répertoire quasiment idéologiques : les français Debussy et Ravel, et les "décadents" Hindemith our Szymanovski. Il a eu la chance de faire les débuts de sa carrière dans les années vingt, avant Hitler, et d'avoir une véritable culture internationale. Il me semble injuste qu'on l'accuse de collaborer avec la dictature, rien que pour avoir souhaiter rentrer en Allemagne pendant la guerre.

Et sous les doigts de Gieseking les Etudes de 1915 ont pris vie pour moi pour la première fois. Je les négligeais, ne les connaissais pas, elles ont d'ailleurs une discographie iTunes relativement modeste. On trouve parfois une ou deux études au programme d'un récital, mais pas beaucoup les douze pièces.

Or c'est une découverte. Ces pièces sont d'un lyrisme extrême. Les contraintes ennuyeuses de l'instrument, qui dictent les différents exercices de style, ne sont que prétexte à exploiter toutes les nuances du clavier pour la poésie pure. Une poésie relativement douloureuse et sobre, sans le pittoresque des pièces impressionnistes plus précoces.

Il y a beaucoup d'hommages dans ses études. D'abord Chopin, bien sûr, et ses propres Etudes. Ensuite les clavecinistes français. Celle à huit doigts est un hommage à eux, qui n'utilisaient pas - semble-t-il - le pouce. Les agréments sont ceux de Couperin - ils étaient utilisés pour faire résonner le clavecin, sans pour autant lui ôter la poésie. Les Etudes ne sont-elles pas conçues pour apprendre aux Etudiants l'héritage du passé...

Mais chaque pièce est d'une grande modernité. Le plus souvent hors tonalité, suspendues dans un espace intime et lyrique, ancrées dans toutes les expérimentations de Debussy.

L'Etude des Sonorités Opposées est des plus prisées. Pur plaisir du son d'une part, recueillement en demi teintes d'autre part. Le son liquide du clavier effleuré, dans un "piano" soutenu dans la lumière. Il n'y a aucun centre, rien qu'un continuum de mouvements de l'oeil et de la perception. Comme souvent ce sont les bleus et les jaunes qui s'imposent à mon esprit, le soleil et la mer. Ce sont les tons graves du piano qui mènent la danse, sur un tempo lent que la pédale éternise.

C'est peu avant le Noël 1916 que Walter Rummel crée les Etudes à Paris. On se demande qui pouvait être en ville alors que les combats avalaient la jeunesse masculine. Des vieux, des femmes, et des imbusqués, certainement. Quelle salle d'ailleurs... Pour une oeuvre bénévole d'assistance aux enfants des musiciens au font. C'est le futur amant de Isadora Duncan qui joue.

Référence amusante à Gieseking http://pianopratique.wordpress.com/2012/06/22/les-lecons-du-bon-docteur-gieseking-piano-technique-hints-by-w-gieseking/

lundi 12 mai 2014

Paganini et Rachmaninov

Dimanche, Descharmes va nous jouer la Rhapsodie sur un thème de Paganin de Rachmaninov, avec l'Orchestre National d'Île de France.

Pièce de virtuose, sèche, je me voyait condamnée à l'admiration devant l'étincelant jeu du dernier des romantiques aux grandes mains russes.

Pour m'y préparer, je touche à un nouveau disque culte de ma discothèque : La Rhapsodie par Vladimir Ashkenazy, avec André Previn qui dirige la London Symphony Orchestra.

Et là, surprise. Oui, il y a un aspect d'écoute facile et de séduction du grand public. Nous tous pouvons écouter avec plaisir et applaudir des deux mains et deux pieds les éclats du jeu de Volodya. Ca nous prend immédiatmenet, spontanément, rhapsodiquement - comme de définition.

Mais cela va bien au delà. Non encombré par le thème - là, défini, brillant, un tube interstellaire que nous connaissons depuis la tendre enfance - Rachmaninov se concentre entièrement sur le caractère et le sentiment. Les premières variations sont comme l'Allegro d'un concerto. Les dernières comme la coda. Je m'émerveille surtout sur celles du milieu - la grande tristesse de l'âme russe, des airs de marche funèbre et parfois des tons de blues... Cela pourrait être maniéré si c n'était sincère et senti, joué droit au coeur et sans fioriture par Ashkenazy, sobre au possible.

Je suis tombée amoureuse. Je sais, c'est un peu honteux, mais le désuet, le ringard, le rétrograde Rachmaninov me fait souvent cet effet.

Il y a deux ans, sur le lac des Quatre Cantons avec mes vieux parents, je ne savais pas passer près de la villa Senar, où Sergueï et Natalia Rachmaninov ont passé les années '30 - et où cette pièce époustouflante a vu le jour.

dimanche 11 mai 2014

Ces Français négligés

On se fait dans la tête des idées toutes faites.

Dans ma tête, la France a été haut lieu de musique de par ses cours. La Grande Musique lui a échappé au quinzième et seizième siècle, lorsque les Flamands et les Italiens ont créé. Louis XIII et Louis XIV ont, eux, attiré les talents et construit la plus belle musique que soit - l'Ecole Française opposé à l'Italienne. Couperin Rameau et toute la bande. Les étrangers venaient à Paris pour y trouver la gloire, Mozart Gluck y ont passé quelques bons moments sur les traces de Marie Antoinette et même Haydn en quête de gloire s'y fait publier les symphonies parisiennes. C'était une musique très sophistiquée, redécouverte à présent derrière des apparences très empesées et lourdes.

Mais la Révolution a tout emporté. Plus d'argent, plus de théâtres, les musiciens - domestiques se sont liquéfiés pendant que les Autrichiens et Allemands fondaient le style classique. La musique Romantique est germanophone.

Pendant ce temps le France se réorganise au dehors des cours, des invités presitgieux font leur nid à Paris - les Cherubini Spontini Paganini et Rossini, les Chopin et Liszt, les Meyerbeer - stars internationales au sens moderne qui trouvent leur succès dans les Grandes Salles et les Salons. C'est de l'immigration choisie et mondaine. Mais point d'école nationale. Il faudra le temps.

Après, il y a l'étoile isolée Berlioz, savoyard monté à Paris et énamouré de Weber et Beethoven.

Et ce ne sera qu'après 1850 qu'une école nationale se redéfinit, avec les rivaux Saint-Saëns et Franck à la barre et des épigones de génie se dégageant peu à peu jusqu'à l'éclosion des deux génies nationaux, Ravel et Debussy. Ceux-ci récoltent les fayots dans tous les médias. Ce sera ensuite l'école moderne et contemporaine - très prisée internationalement à ce jour.

Mais cette lecture toute en noir et blanc a fait sombrer dans l'oubli beaucoup d'auteurs qui, au contraire, ont continué d'écrire et jouer tout au long du dix-neuvième siècle pour un public très averti et désireux de retrouver les fastes du Grand Siècle. Paris était la ville vibrante d'argent et d'idées que nous ont léguée Louis-Philippe et Haussmann dans la pierre.

Mais qui sont ces musiciens oubliés ?

Je me laisse guider par les publications de Palazzetto Bru Zane. Un centre musical à Venise pour la redécouverte de la musique romantique française. Avant et autour des génies isolés cités, qui ne sont qu la pointe du iceberg selon l'institut. Ainsi Venise résonne aujourd'hui de Dubois, Gouvy, Alkan ou Ropartz - alors qu'ils ne trouvent pas de scène à Paris. C'est cocasse.

La mémoire brisée, parfois par les musiciens eux-mêmes - beaucoup de haine dans les écrits de Debussy, par exemple - est une chose qui me fascine. Retrouver le son du siècle, celui qui a façonné ma ville lorsque Paris rivalisait avec Londres et Berlin dans la science et la richesse.

J'enrichis ainsi ma discothèque de quelques titres suggéré par le Palazzetto, ou encore et plus discrètement par France Musique. Un Karine Deshayes avec du très beau Cherubini, mais encore Hérold. Et aujourd'hui un piano de Roussel par Armangaud.

Roussel, qui est cet homme ? Un homme du Nord, élève de l Schola Cantorum, qui eût pu être marin mais ne le fut pas. D'Indy - ce graphomane dont on n'écoute plus la musique - fut son maître. Roussel eut plus tard des élèvs célèbres, comme Satie ou Varèse.

Son piano est très rigoureux. On a l'impression des maîtres du contrepoint allemands, ne fût-ce que dans son Prélude et Fugue. Cependant, les harmonies sont plus riches et il peut y avoir des pages déroutantes sur la tonalité - je lis que la bi-tonalité l'a tenté. On ne sait pas toujours où est le centre et où l'équilibre va tomber. Le rythme surtout est d'un autre âge - syncopé, affirmé, j'ignore si Roussel aimait le jazz mais une once de Blues se glisse dans les accents faibles.

Se dégage l'impression. Tout court. On regarde en dedans, un espace intime s'ouvre où l'âme se déploie comme les vagues sur l'eau. Des lumières variée par touches dans un espace où le temps est suspendu.

Une parenté avec Debussy est claire, peut-être l'air du temps - on pourrait s'y tromper dans une écoute à l'aveugle. Mais Roussel glisse moins sur le clavier, me semble-t-il, c'est percussif comme chez un Thélonius Monk.

Voilà que cela part en boucle sur mon Bose...

Lien de référence http://www.bru-zane.com/?lang=fr

dimanche 27 avril 2014

Anniversary victim - Richard Strauss

Les anniversaires attirent mon attention. Suis-je la seule. J'ai écouté du Britten et du Hindemith pour la première fois l'année dernière, année centenaire.

J'écoute réellement Strauss cette année en novice. 150 de sa naissance - qu'on célèbre un peu en sourdine me semble-t-il, quand on compare la fanfare de Rameau et C.P.E. Bach. Gluck, né il y a 200 ans, et que Strauss admirait beaucoup, est tout aussi inobservé.

Et alors aujourd'hui j'ai fait la mélomane irrespectueuse, celle qui écoute en boucle plusieurs disques dans ses écouteurs tout en marchant dans Paris. Très très loin du dévot auditeur qui s'enferme dans une salle isolée, fait le silence autour de lui, et religieusement écoute une oeuvre de bout en bout en lisant la partition.

J'ai donc passé la totalité de mes disques Strauss, soit cinq : Zarathustra / Bernstein et NYP, Alpine Symphony / Harding et Saito Kinen Orchestra, Violin Sonata / Dumay et Lortie, Ariadne auf Naxos / Levine et WP, Lieder Recital / Price, Popp et Sawallisch (en partie). Déjà écoutés, tous, mais de façon distraite et au fil de l'eau.

C'est la surprise. Les oeuvres de jeunesse - mettons le Don Juan ou le Thil Eulenspiegel - sont plus modernes que les tardives. Les Lieder par exemple sont très agréables, mais vraiment très conservateurs - bel espace pour Popp et Price qui déploient leurs belles voix classiques. L'Alpine Symphonie fait sourire pour le côté descriptif, mais elle est aussi un prodige d'orchestration très évocative. Et le Zarathoustra vaut bien son Odyssée 2001 que je vis, je me souviens, le jour de Pâques 1982. C'est lié à un événement tragique, le décès de la soeur d'une amie dans un accident de voiture. Est-ce la raison pour laquelle je n'ai pas écouté Strauss jusqu'à cet âge vénérable de Verdurin autodidacte et boulimique. Ariadne auf Naxos ressemble en effet à du Mozart, ne fût-ce l'intrigue et le livret - assez clair à l'écoute même pour mon allemand de cuisine - de Hoffmansthal qui rappelle plutôt Pirandello que Goldoni.

Tubeuf explique patiemment dans son joli petit livre chez Actes Sud que Strauss était un classique démodé, qui avait cinquante ans lors des révolutions artistiques des premières années du vingtième siècle : Debussy, Ravel, la Dodécaphonie, Strawinski, le Jazz... Autant de langages ignorés. Mais Strauss avait déjà la cinquantaine, bourgeois bien marié dans sa villa de Garmisch - construite sur les succès de Salomé et de Elektra - rare exemplaire de musicien qui vit vieux. Il est resté fidèle à soi même jusqu'aux quatre dernier lieder de 1949. De Nietzsche il aurait intégré complètement l'Amor Fati : L'acceptation de ce qui arrive, même les guerres qu'on déteste ou l'antisémitisme qu'on abhorre, et l'amour de soi et de son propre génie et culture.

Je ne vais pas plus loin, il y trop de matière à absorber - il faudra des écoutes franchement plus attentives et suivies. Mais encore envie d'agrandir la collection déjà - et aller vers Salomé, Elektra, Metamorphosen et le Rosenkavalier - que j'ai distraitement vu sur medici.tv il y a quelques mois.

Précieux Tubeuf, qui s'attarde sur le regard sur le monde de Strauss - ce qui nous intéresse vraiment, de la part d'un témoin assez extraordinaire de son siècle.

Pour moi, Strauss rejoint Mahler parmis les musiciens des Alpes. Il ne composait qu'en été, à Garmisch. Mahler a bien écrit des oeuvres à Toblach pendant ses vacances. Ce sont mes paysages d'enfance, lien subtil d'Italie à Allemagne et Autriche - par delà les divisions entre Allemands et Latins. L'émerveillement devant la nature des montagnes éveille des souvenirs.

PS --- Curieuses associations. J'écoutais hier le cor de Haydn. Or Strauss père, Franz de son nom, était le premier cor de l'Orchestre de Munich et adorait tout particulièrement Haydn et Mozart. Il a forcément dû jouer ce concerto et la symphonie 31. D'ailleurs Strauss aussi a écrit un concerto pour cor.