Souvenir...

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lundi 2 juin 2014

Elektra et Orfeo

Trois-cents ans séparent l'Orfeo de Monteverdi et l'Elektra de Strauss. 1909 à Dresde pour le second. 1607 à Mantoue pour le premier. Et cent ans se sont écoulés depuis Strauss. Distances vertigineuses, multiples générations. Plus de 2,000 braves gens dans la plaine (500 - pas trop loin de la Crémone de Monteverdi) et la montagne (500) lombarde, comme en Normandie (500) et dans le Sud Ouest français (500, dont 250 basques) se mariaient et avaient des enfants, mes ancêtres, alors que Claudio jouait son premier opéra chez les Gonzague. Sauf mariages consanguins qui ont pu abattre les nombres des temps en temps.

Un grand point commun, pourtant. Ou plusieurs.

D'abord, c'est l'usage des grands mythes grecques.

J'écoutais les podcasts de France Culture ce week-end, le Salon Noir notamment : Il y aurait un archéologue anglais pour soutenir que la mythologie que nous connaissons naît au fait dans le néolithique, voir avant, avec un cycle de vie très long. Clytemnestre aurait vu le jour dans le cavernes avec Agamemnon et ces dieux et déesses.

Là on est plus modestes. Les mythes ont été écrits et utilisés il y a tout juste 2,500 ans, ou moins. Monteverdi les a repris, et ainsi Strauss - avec son complice von Hoffmanstahl épris de freudisme. Dans les deux cas, le souhait de REPRESENTER de façon THEATRALE des vérités universelles et immuables de l'expérience humaine. Les amours les haines et les deuils...

Monteverdi et Strauss choisissent, tous les deux, des MONSTRES qui n'arrivent pas à faire leur deuil. Orfeo perd sa femme de façon accidentelle et ne s'en console pas. Elektra se morfond dans le dési de venger le père tué par sa propre mère et son beau père haï. Ils s'accrochent, se figent, accomplissent des gestes insensés pour réparer l'horreur de la mort.

Mais Orfeo enfin se résigne, sa belle avalée par les Enfers malgré son voyage de sauvetage ne lui répond plu qu'n Echo. Sur les conseils sages de son père Zeus, il finit par voir la beauté d'Eurydice dans le ciel et les étoiles - naissance de la poésie consolatrice....

Alors qu'Elektra perd sa raison d'être une fois la vengence accomplie. Son frère Oreste, qui a porté le coup fatal, commence une nouvelle vie - lui-même couronné. Sa soeur se réjouit de pouvoir enfin vivre sa vie de femme. Alors qu' Elektra, elle, desséchée par le succès e son désir mortifère, meurt vidée.

Un autre point commun me semble-t-il est que Monteverdi et Strauss ont tous deux mis leur musique au service du texte. Avant tout. Il s'agit de dire une histoire, et ses émotions - rien d'autres.

Aussi Monteverdi se permet des libertés, il introduit des solos (les arias) et des symphonies entre les polyphonies convenues. Alors que Strauss ne se permet pas de symphonies, presque pas de coeurs, et se concentre dans un "close up" asphyxiant sur les dialogues des personnages. Son orchestre - que certains disent envahissante et trop puissante - porte chaque tirade sur un file tendu, comme si les personnages boxaient entre eux plutôt que parler. L'hystérie à enlever le souffle de Elektra bouffe l'air de tous ses co-personnages - l'orchestre nerveux l'honore.

Je n'en ai pas dormi. Sérieux. Après avoir clos le dernier épisode d'Elektra, je vais sagement au lit et rêve de mort. Je suis dans un petit appartement nouveau en bord de mer, au rez-de-chaussée. Je ferme anxieusement toutes le fenêtres avec leurs stores hermétiques : un tueur rôde, la mort veut entrer. Clytemnestre et Egyste faisant leur clin d'oeil dans la pièce... les paupières lourdes...

Ce n'est pas un art conciliant, ni chez l'Italien ni chez l'Allemand. C'est un art qui secoue. Et une leçon : Laisser les morts partir, ils ne nous appartiennent pas....

samedi 31 mai 2014

Monteverdi, par hasard

Cela a commencé avec un Matin de Musiciens, lorsque Paul Agnew racontait ses concerts à la Cité de la Musique. Avec les Arts Florissants, il est en train d'interpréter tous les livres des madrigaux de Monteverdi - il en est au sept, pour arriver au neuf posthule.

J'ai donc écouté le six sur medici.tv, avec beaucoup de plaisir. Les cinq chanteurs - et plus par moments - apportent toute l'humanité et la compassion à ces très beaux textes, qu'ils disent avec vérité. Car, Agnew m'apprend, on disait les textes avant de les chanter.

Et il y est question de la pauvre Arianne abandonnée, de la pauvre Romanina morte et enterrée - ou alors de Zefiro qui enjolive la nature le Printemps nouveau venu. Ce sont de beaux vers, vrais, même derrière la patine du convenu académique.

C'est par ces textes enfin compris - merci les sous-titres! j'ai beau être italienne, dans la polyphonie à cinq voix certains mots se perdent - que la musique me touche. Car elle exprime leurs émotions au plus vrai, les dissonances pour la mort, l'harmonie pour l'amour, le style enlevé pour le printemps et le soleil et le tempo lent pour l'abandon et la lamentation.

J'ai écouté aujourd'hui le "stile concitato" dans Il Combattimento di Tancredi e Clorinda - dans la belle édition du Livre VIII (Madrigali guerrieri e amorosi) du Concerto Italiano et Rinaldo Alessandrini. C'est le style de la guerre.

Enfin hier soir l'Orfeo, dirigé celui-ci aussi par Alessandrini sur un live de la Scala disponible sur medici.tv.

Je n'ai pas aimé la mise en scène de Robert Wilson - hiératique et figée, alors qu'il est question de fable et de mouvement dans l'oeuvre : l'imagerie des peintres de l'époque est autrement vivante et chaude; les chanteurs sincères des Art Florissants me manquent - mais la musique m'a infiniment et enfin plu.

Je passe sur l'entrée de circonstance. Youtube nous la restitue par Jordi Savall, ce n'est que la signature des Gonzague. Mais le coeur de la pièce a une telle émotion. La fin surtout, lorsque Orphée se retourne pour regarder les yeux d' Eurydice - 'i lumi' - et elle disparaît. Tout de suite après l' Echo répond sourdement à Orphée esseulé. Et Zeus intervient et lui dit : les beautés de ton amie tu continueras de les vois dans le ciel et les étoiles... Naissance et nature de la poésie, la beauté pour remplacer les morts qui nous ont abandonnés.

Il ne faut point avoir peur. Autre leçon pour moi.

Je vais ré-écouter la Poppée, que j'ai par Malgoire, et rechercher un bon Ulysse. Surtout, surtout, je vais rechercher les textes qui sont - à la différence de certain opéra récent - des plus beaux de leur temps.

Réconciliée avec Monteverdi, je trouve aujourd'hui un article dans le numéro de Juin de Diapason. Ma che combinazione dirait-on dans mon pays.

J'y apprends les innovations qu'il a introduites dans la polyphonie outremontaine de la Renaissance, créant des dissonances 'incorrectes' pour servir l'expresion du texte. Il invente ainsi des 'arias', grâce au basso continuo qui permet aux voix seules de s'exprimer hors polyphonie. Et il intercale des 'sinfonie' instrumentales entre les airs. Son texte "dit" dans l'Orfeo devient "recitar cantando" dans la Poppea.

Un monde s'ouvre.