Souvenir...

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dimanche 25 mai 2014

Encore ces ringards français

Je commençais à fouiller du répertoire pour moi totalement inconnu il y a quelque temps :
http://micro-melo.blogspot.fr/2014/05/ces-francais-negliges.html

C'est celui de ces Français qu'on site parfois pour leurs écrits, mais qu'on n'écoute plus. Depuis quatre ans que je fréquente les salles parisiennes, par exemple, jamais n'ai-je vu Vincent d'Indy au programme.

J'en trouve la Symphonie cévenole par le bel Orchestre de la Suisse Romande. Marek Janowski à la baguette. Les Suisses seraient-ils plus attachés à cet homme de Valence, qui a beaucoup fréquenté le pays...

Or j'entends une symphonie bien agréable. D'instinct j'en ferais la musique d'un film western - le thème cévenol est singulièrement proche de certaine mélodie yankee jouée souvent à la flûte militaire.

Mais la musique de film peut être excellente. Et c'est une beau thème qui la domine. Une orchestration riche. Un développement savant. Les atmosphères changent comme le temps à la montagne - c'est de la musique de paysage, comme Mendelssohn a pu aussi en faire sur des paysages différents - l'Ecosse..

On va dire qu'à la deuxième écoute il devient obsédant et lasse un peu... surtout que la forme cyclique héritée de Franck est prise au pied de la lettre - on ne s'écarte pas de la rengaine plus de trois minutes dans chaque mouvement. Comme dans la musique de film...

Je ne vais pas faire ma Verdurin arrogante en snobant ce montagnard qui revendique sa province. Tous sont en admiration de Richard Strauss et sa villa à Garmisch. Il a écrit sa Symphonie Alpine quelques trente ans plus tard. Pourquoi souririons-nous de Vincent d'Indy, qui écrit se Cévenole en 1886 glanant un thème de la musique populaire. Moi surtout, montagnarde italienne extasiée par les atmosphères allemandes et autrichiennes - pourquoi serais-je insensible aux montagnes d'Ardèche.

Maintenant, cela reste descriptif, un peu répétitif. Mais pourquoi ne jamais la jouer à Paris...

Ayant parcouru quelques pages de ma bibliothèque et - mais oui! - la source honteuse de Wikipédia, je crois que d'Indy est tout de même victime de son idéologie, et de son histoire. Conservateur, voir réactionnaire, il s'inscrit rigoureusement dans les enseignement allemands classiques que son maître Franck, aussi, adorait. Bach. Beethoven. Mendelssohn. Wagner. Pas d'innovation. Et un esprit parfois cocardier, des soupçons d'antisémitisme... Cela n'est pas fait pour plaire à a postérité.

Pris au piège par Sedan, il est dans le paradoxe. Devenir cocardier, fonder l'Ars Gallica par sa Schola Cantorum. Et par ailleurs apprendre la contrepoint, l'harmonie et la construction d'une oeuvre des cousins Allemands - et en opposition aux facilités italianisantes de l'opéra français. Reconstruire l'école française, détruite par la Révolution - car c'était une école ecclésiastique et de cour, et les prêtres et le princes ont perdu leur argent et leur tête cent ans plus tôt... Mais donc quelle Ars Gallica.

Sur la musique, d'Indy s'est brisé les ailes face au génie novateur de Debussy. Ce n'est pas la même Oeuvre. On a posé un duel entre les deux - alors que plusieurs écrits témoignent d'une estime réciproque à bien des égards.

Sur la critique musicale, il a trop écrit d'une méchante plume. On critique aujourd'hui ses jugements tranchés et inévitablement datés qui parsèment des milliers des pages pondues par un érudit.

Mais sur l'Ars Gallica, soit sur la ré-création de l'école française, d'Indy a été incomparablement prolifique. Parmi ses collaborateurs, des savants - en musique sacrée, en musique ancienne, Wanda Landowska aura été son professeur de clavecin - car il n'était vraiment pas antisémite dans ses relations personnelles... ôtons les mauvais soupçons. Dans ses élèves : Le sommet de la composition moderne du pays - les Satie, les Milhaud, les Varèse... C'est une brochette que Debussy ne songera pas à avoir - cela ne l'intéressait pas - et n'aura d'ailleurs jamais.

samedi 17 mai 2014

Souvenir de guerre

Voici l'autre anniversaire de l'année, au fait le grand anniversaire, le souvenir douloureux : Il y a cent ans, le Der des Der commençait. Pour des raisons que nous avons tous essentiellement oubliées et qui nous semblent absolument vaines, aujourd'hui.

Les musiciens ont baigné dans les horreurs du vingtième siècle. Certains, rares, ne s'y sont pas penchés vraiment, Strauss par exemple. Mais la plupart ont vécu, ressenti, renvoyé.

Debussy n'est pas l'exception. Ses dernières années de vie, alors qu'il était en phase terminale de son cancer des intestins, malade fatigué et incapable de créer ses oeuvres, ont vu la Grande Guerre. Il n'en verra pas la fin de justesse.

Ainsi forcé au patriotisme en musique, lui qui était comme beaucoup ouvert à toutes les influences européennes, russes allemandes espagnoles ..., il devenait un héros désagréable du nationalisme franchouillard.

Aujourd'hui encore, je trouve incommodante la dévotion toute académique que les musiciens et les institutions portent à Claude de France. Lorsque j'écoute France Musique, j'ai parfois l'impression de sentir le ton que les Italiens et es Polonais portent à Woytila : Une déférence excessive comme devant un Saint Intouchable. Longtemps cela m'a un empêchée d'écouter simplement et de façon ingénue.

Or j'ai trouvé le moyen d'aller outre. Gieseking, l'Allemand contemporain de Debussy - bien que plus jeune. Cela fait partie d'une intégrale de 1955 je crois - la documentation iTunes est souvent bien trop déficiente... Car Gieseking faisait des choix de répertoire quasiment idéologiques : les français Debussy et Ravel, et les "décadents" Hindemith our Szymanovski. Il a eu la chance de faire les débuts de sa carrière dans les années vingt, avant Hitler, et d'avoir une véritable culture internationale. Il me semble injuste qu'on l'accuse de collaborer avec la dictature, rien que pour avoir souhaiter rentrer en Allemagne pendant la guerre.

Et sous les doigts de Gieseking les Etudes de 1915 ont pris vie pour moi pour la première fois. Je les négligeais, ne les connaissais pas, elles ont d'ailleurs une discographie iTunes relativement modeste. On trouve parfois une ou deux études au programme d'un récital, mais pas beaucoup les douze pièces.

Or c'est une découverte. Ces pièces sont d'un lyrisme extrême. Les contraintes ennuyeuses de l'instrument, qui dictent les différents exercices de style, ne sont que prétexte à exploiter toutes les nuances du clavier pour la poésie pure. Une poésie relativement douloureuse et sobre, sans le pittoresque des pièces impressionnistes plus précoces.

Il y a beaucoup d'hommages dans ses études. D'abord Chopin, bien sûr, et ses propres Etudes. Ensuite les clavecinistes français. Celle à huit doigts est un hommage à eux, qui n'utilisaient pas - semble-t-il - le pouce. Les agréments sont ceux de Couperin - ils étaient utilisés pour faire résonner le clavecin, sans pour autant lui ôter la poésie. Les Etudes ne sont-elles pas conçues pour apprendre aux Etudiants l'héritage du passé...

Mais chaque pièce est d'une grande modernité. Le plus souvent hors tonalité, suspendues dans un espace intime et lyrique, ancrées dans toutes les expérimentations de Debussy.

L'Etude des Sonorités Opposées est des plus prisées. Pur plaisir du son d'une part, recueillement en demi teintes d'autre part. Le son liquide du clavier effleuré, dans un "piano" soutenu dans la lumière. Il n'y a aucun centre, rien qu'un continuum de mouvements de l'oeil et de la perception. Comme souvent ce sont les bleus et les jaunes qui s'imposent à mon esprit, le soleil et la mer. Ce sont les tons graves du piano qui mènent la danse, sur un tempo lent que la pédale éternise.

C'est peu avant le Noël 1916 que Walter Rummel crée les Etudes à Paris. On se demande qui pouvait être en ville alors que les combats avalaient la jeunesse masculine. Des vieux, des femmes, et des imbusqués, certainement. Quelle salle d'ailleurs... Pour une oeuvre bénévole d'assistance aux enfants des musiciens au font. C'est le futur amant de Isadora Duncan qui joue.

Référence amusante à Gieseking http://pianopratique.wordpress.com/2012/06/22/les-lecons-du-bon-docteur-gieseking-piano-technique-hints-by-w-gieseking/

dimanche 11 mai 2014

Ces Français négligés

On se fait dans la tête des idées toutes faites.

Dans ma tête, la France a été haut lieu de musique de par ses cours. La Grande Musique lui a échappé au quinzième et seizième siècle, lorsque les Flamands et les Italiens ont créé. Louis XIII et Louis XIV ont, eux, attiré les talents et construit la plus belle musique que soit - l'Ecole Française opposé à l'Italienne. Couperin Rameau et toute la bande. Les étrangers venaient à Paris pour y trouver la gloire, Mozart Gluck y ont passé quelques bons moments sur les traces de Marie Antoinette et même Haydn en quête de gloire s'y fait publier les symphonies parisiennes. C'était une musique très sophistiquée, redécouverte à présent derrière des apparences très empesées et lourdes.

Mais la Révolution a tout emporté. Plus d'argent, plus de théâtres, les musiciens - domestiques se sont liquéfiés pendant que les Autrichiens et Allemands fondaient le style classique. La musique Romantique est germanophone.

Pendant ce temps le France se réorganise au dehors des cours, des invités presitgieux font leur nid à Paris - les Cherubini Spontini Paganini et Rossini, les Chopin et Liszt, les Meyerbeer - stars internationales au sens moderne qui trouvent leur succès dans les Grandes Salles et les Salons. C'est de l'immigration choisie et mondaine. Mais point d'école nationale. Il faudra le temps.

Après, il y a l'étoile isolée Berlioz, savoyard monté à Paris et énamouré de Weber et Beethoven.

Et ce ne sera qu'après 1850 qu'une école nationale se redéfinit, avec les rivaux Saint-Saëns et Franck à la barre et des épigones de génie se dégageant peu à peu jusqu'à l'éclosion des deux génies nationaux, Ravel et Debussy. Ceux-ci récoltent les fayots dans tous les médias. Ce sera ensuite l'école moderne et contemporaine - très prisée internationalement à ce jour.

Mais cette lecture toute en noir et blanc a fait sombrer dans l'oubli beaucoup d'auteurs qui, au contraire, ont continué d'écrire et jouer tout au long du dix-neuvième siècle pour un public très averti et désireux de retrouver les fastes du Grand Siècle. Paris était la ville vibrante d'argent et d'idées que nous ont léguée Louis-Philippe et Haussmann dans la pierre.

Mais qui sont ces musiciens oubliés ?

Je me laisse guider par les publications de Palazzetto Bru Zane. Un centre musical à Venise pour la redécouverte de la musique romantique française. Avant et autour des génies isolés cités, qui ne sont qu la pointe du iceberg selon l'institut. Ainsi Venise résonne aujourd'hui de Dubois, Gouvy, Alkan ou Ropartz - alors qu'ils ne trouvent pas de scène à Paris. C'est cocasse.

La mémoire brisée, parfois par les musiciens eux-mêmes - beaucoup de haine dans les écrits de Debussy, par exemple - est une chose qui me fascine. Retrouver le son du siècle, celui qui a façonné ma ville lorsque Paris rivalisait avec Londres et Berlin dans la science et la richesse.

J'enrichis ainsi ma discothèque de quelques titres suggéré par le Palazzetto, ou encore et plus discrètement par France Musique. Un Karine Deshayes avec du très beau Cherubini, mais encore Hérold. Et aujourd'hui un piano de Roussel par Armangaud.

Roussel, qui est cet homme ? Un homme du Nord, élève de l Schola Cantorum, qui eût pu être marin mais ne le fut pas. D'Indy - ce graphomane dont on n'écoute plus la musique - fut son maître. Roussel eut plus tard des élèvs célèbres, comme Satie ou Varèse.

Son piano est très rigoureux. On a l'impression des maîtres du contrepoint allemands, ne fût-ce que dans son Prélude et Fugue. Cependant, les harmonies sont plus riches et il peut y avoir des pages déroutantes sur la tonalité - je lis que la bi-tonalité l'a tenté. On ne sait pas toujours où est le centre et où l'équilibre va tomber. Le rythme surtout est d'un autre âge - syncopé, affirmé, j'ignore si Roussel aimait le jazz mais une once de Blues se glisse dans les accents faibles.

Se dégage l'impression. Tout court. On regarde en dedans, un espace intime s'ouvre où l'âme se déploie comme les vagues sur l'eau. Des lumières variée par touches dans un espace où le temps est suspendu.

Une parenté avec Debussy est claire, peut-être l'air du temps - on pourrait s'y tromper dans une écoute à l'aveugle. Mais Roussel glisse moins sur le clavier, me semble-t-il, c'est percussif comme chez un Thélonius Monk.

Voilà que cela part en boucle sur mon Bose...

Lien de référence http://www.bru-zane.com/?lang=fr