Souvenir...

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samedi 10 mai 2014

Idomeneo, re di Creta

Cela faisait des mois que je le voulais, que je souhaitais l'écouter dans le calme de ma maison. Je crois que c'est un texte sur Gluck lu au détour d'un magazine qui m'y a amenée : "Mozart n'eût point écrit l'ouverture de l'Idomeneo si Gluck n'avait pas ouvert l'Opéra à l'expression simple des sentiments".

Oui, les opéras de Rameau m'ennuient au possible. J'en aime, comme beaucoup, les danses - mais l'intrigue interminable et farfelue comme les décors pompeux me repoussent. Pour le moment en tout cas. Je ne suis pas femme en crinoline moi-même. J'ai bien vu de la VoD avec Athys et Aricie, les Indes Galantes, Zoroastre... L'enchantement de cinq minutes a bien souvent laissé la place au bâillement de celle qui ne croît pas à ces costumes fanfaronnants et ces dieux et déesses en carton pâte. Les flèches en tôle de Cupidon à l'Opéra de Versailles, sous la direction de Haïm... Je n'y puis rien. Fille de Rousseau sans se connaître.

Or j'ai bien aimé mes premières écoutes d'Alceste et de l'Orphée de Gluck. Un peu oublié me semble-t-il lors de son bicentenaire cette année. L'Idomeneo me hantait. Jusqu'à ce que je tombe sur la version culte de Harnoncourt en promotion chez Mélomania, boulevard Saint Germain.

Le livret est vraiment modeste. Je regrette parfois de parler l'italien comme langue maternelle, car j'entends et je comprends jusqu'aux nuances et c'est parfois drôle ou moche. Varesco, l'auteur, un nom bien de chez nous. Des vers de paysan qui aurait fait carrière dans les sacristies de Salsbourg.

Cependant le drame est intéressant, des sentiments raciniens s'en dégagent. Les deux femmes amoureuses d'un même homme, la rejetée se suicidant. Le père qui ne saurait tuer son fils, promis à Neptune. Il y a de belles pages intimistes, servies par des mélodies sobres et sincères, à la hauteur de cette fameuse ouverture qui est un premier essai du Mozart dramatique du Don Juan.

Assez pour embarquer l'Idomeneo dans la péniche du Sturm und Drang - avec C.P.E. Bach et le premier Haydn. Mais est-ce que cela ne passait plutôt pr l vieux parisien, Gluck justement.

Un frisson, Idamante le files est interprété par une femme. Le temps des castrats et des jeux de genre... Peu de voix masculines équilibrent le jeu, c'est peut-être pourquoi j'apprécie l'intervention des coeurs masculins et les tempos rapides, musclés de Harnoncourt qui ne la cèdent pas à la mièvrerie.

Les recitativi sont cependant trop abondants et longs, sur ce texte mal torché. Et Netptune et ses monstres sortis de la Mer, dignes d'une série Z d'aujourd'hui - certains adorent cela! - me font toujours un effet de lourdeur. Avons-nous besoin de Poésiedon pour raviver notre imagination... ? Non, bien que Star Wars et tout son tapage médiatique en ait des siennes dans ce domaine.

Chaconne et danses pour clore, à la française. Même Gluck s'y est plié à Paris. J'aime beaucoup l deuxième, un lento plein de sentiment.

Munich, le théâtre Cuvilliés - le Reisdenztheater près de Odeonsplatz, souvenirs de jeunesse. A la mode française, lui aussi. Karl Theodor eut son plaisir.

> Article de référence http://www.arte.tv/fr/w-a-mozart-idomenee/563540,CmC=562754.html


jeudi 8 mai 2014

Haydn et la Musique Sacrée

Haydn a eu quelques projecteurs médiatiques sur lui récemment : Un Matin des Musiciens pour une de ses sonates au piano et un Plaisir du Quatuor. C'est rare. Même, le Plaisir s'interroge : Est-ce que Haydn est rasoir - pour répondre par la négative évidemment. Cet auteur semble toujours poser problème aux auditeurs modernes, qui sait pourquoi, effet de mode peut-être.

Or cette semaine j'ai fait une immersion dans les commandes de Musique Sacrée de Haydn. Quatre messes dirigées par Harnoncourt - en boucle dans le train pour Anvers, la Nelson et la Pauken notamment - et aujourd'hui avec un peu plud d'attention les Sept Dernières Paroles du Christ.

Commande espagnole de 1786 celle-ci, destinée à être jouée à Cadix intercalée avec les textes de la passion. C'est le tremblement de terre qui suit la mort de Jésus qui clôt l'oeuvre.

C'est la version pour orchestre que j'écoute, dirigée par Jordi Savall - qui de son accent catalan lit les beaux textes de l'évangile entre pièce et autre.

C'est la caractère des ces pièces de circonstance qui me frappe. Très digne, très élégant, un regard intérieur sur les événements dramatiques - et pourtant pas de pathos, certainement pas de désespoir. Il y a beaucoup de com-passion, de respect et empathie pour la douleur, mais c'est une compassion toute humaine et comme consciente que ce qui se passe n'est que ce qui doit se dérouler. Il le faut. Cela se fera. C'est accepté. C'est un regard beau, car la beauté est au delà de l'horreur. Il est beau de contempler la divinité.

Je sens les instruments du Concert des Nations comme un épais velours de vert et de violet, comme les parcs sous la pluie que nous avoyons aujourd'hui en promenade. Une odeur du bois des églises de mon enfance. Le rythme est carré, la marche inévitable des événements, le déroulement des thèmes d'une grande élégance. Cette passion ne traîne pas dans la boue d'un Pasolini. Ce n'est pas pour autant un exercice de style pour honorer la commande - le sentiment est profond. Le texte est important, la musique dit les mots sans les énoncer.

Haynd en main aux baroqueux ? Car ce sont souvent eux qui, comme Savall, ne snobent pas le vieux Haydn et lui donnent toute sa fraîcheur.