Souvenir...

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dimanche 8 juin 2014

L'étrange Fidélio ou le héros victime

Oh surprirse, après une ouverture bien héroïque à la Ludwig, une musique à la légèreté mozartienne nous accompagne le long des deux actes.

Mais le sujet est d'une lourdeur, d'une morbidité pesante. Ces personnages enfermés dans une prison sinistre, jusqu'au cachot au fond du donjon où pourrit Florestan, sont d'une tristesse infinie. La belle Léonore en déguisé masculin - elle se fait engager par le gardien Rocco pour libérer le mari aimé Florestan - n'a rien des soubrettes piquantes de Wolfgang.

C'est une histoire très morale qui nous est concoctée, entre politique subversive - il faut libérer les prisonnier du geôlier infecte Pizarro, auquel le bon Rocco est obligé d'obéir - et la belle et fidèle Léonore ne songe qu'à libérer son beau monsieur en haillons.

Rocco est le personnage qui me plaît le plus. Il n'est pas pur, mais profondément compassionnel. Il doit se salir les mains et le fait - mais il sait aussi se sortir de la fange lorsque cela dépasse la cruauté normalement admise.

Mais de nouveau, le brio et la folie enfantine de Wolfgang nous manquent. C'est ici cachots, noirceur, héroïsme poisseux - où les histoires drôles de déguisements n'enlèvent pas un seul sourire.

Dans ce sujet pesant, la musique la plus belle ce dégage - une grâce viennoise se libère de chaque duo ou trio, qui mériterait plus de lumière.

Cela éclaire-t-il l'imaginaire de Ludwig ? Se voit-il en Florestan puant et en haillons, crevant de faim dans sa crasse sous l'oppression de gens méchants ? Rêve-t-il d'une Léonore qu'il n' a jamais rencontrée, capable de l'aimer au delà des barreaux et de son aspect repoussant ?

C'est un homme souffrant qu'on devine, très épris de lui-même et de sa droiture morale, et pourtant peu confiant dans le charme et l'image qu'il projette. Le musicien de génie qui se balade dans les salons aristocrates sans vraiment en faire partie... et l'homme mal aimé des femmes, dont il tombe amoureux à répétition.

C'est quelqu'un de touchant et souffrant, on sent de la compassion, mais soudainement la musique nous plaît plus que l'homme.

J'en vois une belle version à l'Opéra de Zurich - Bernard Haiïtink à la baguette, avec Katharina Thalbach à la mise en scène.

J'en ai écouté ma verion disque avec Bernstein dirigeant les Wiener Philarmoniker sur les voix de Lucia Popp et Dieter Fischer-Diskau.

samedi 10 mai 2014

Idomeneo, re di Creta

Cela faisait des mois que je le voulais, que je souhaitais l'écouter dans le calme de ma maison. Je crois que c'est un texte sur Gluck lu au détour d'un magazine qui m'y a amenée : "Mozart n'eût point écrit l'ouverture de l'Idomeneo si Gluck n'avait pas ouvert l'Opéra à l'expression simple des sentiments".

Oui, les opéras de Rameau m'ennuient au possible. J'en aime, comme beaucoup, les danses - mais l'intrigue interminable et farfelue comme les décors pompeux me repoussent. Pour le moment en tout cas. Je ne suis pas femme en crinoline moi-même. J'ai bien vu de la VoD avec Athys et Aricie, les Indes Galantes, Zoroastre... L'enchantement de cinq minutes a bien souvent laissé la place au bâillement de celle qui ne croît pas à ces costumes fanfaronnants et ces dieux et déesses en carton pâte. Les flèches en tôle de Cupidon à l'Opéra de Versailles, sous la direction de Haïm... Je n'y puis rien. Fille de Rousseau sans se connaître.

Or j'ai bien aimé mes premières écoutes d'Alceste et de l'Orphée de Gluck. Un peu oublié me semble-t-il lors de son bicentenaire cette année. L'Idomeneo me hantait. Jusqu'à ce que je tombe sur la version culte de Harnoncourt en promotion chez Mélomania, boulevard Saint Germain.

Le livret est vraiment modeste. Je regrette parfois de parler l'italien comme langue maternelle, car j'entends et je comprends jusqu'aux nuances et c'est parfois drôle ou moche. Varesco, l'auteur, un nom bien de chez nous. Des vers de paysan qui aurait fait carrière dans les sacristies de Salsbourg.

Cependant le drame est intéressant, des sentiments raciniens s'en dégagent. Les deux femmes amoureuses d'un même homme, la rejetée se suicidant. Le père qui ne saurait tuer son fils, promis à Neptune. Il y a de belles pages intimistes, servies par des mélodies sobres et sincères, à la hauteur de cette fameuse ouverture qui est un premier essai du Mozart dramatique du Don Juan.

Assez pour embarquer l'Idomeneo dans la péniche du Sturm und Drang - avec C.P.E. Bach et le premier Haydn. Mais est-ce que cela ne passait plutôt pr l vieux parisien, Gluck justement.

Un frisson, Idamante le files est interprété par une femme. Le temps des castrats et des jeux de genre... Peu de voix masculines équilibrent le jeu, c'est peut-être pourquoi j'apprécie l'intervention des coeurs masculins et les tempos rapides, musclés de Harnoncourt qui ne la cèdent pas à la mièvrerie.

Les recitativi sont cependant trop abondants et longs, sur ce texte mal torché. Et Netptune et ses monstres sortis de la Mer, dignes d'une série Z d'aujourd'hui - certains adorent cela! - me font toujours un effet de lourdeur. Avons-nous besoin de Poésiedon pour raviver notre imagination... ? Non, bien que Star Wars et tout son tapage médiatique en ait des siennes dans ce domaine.

Chaconne et danses pour clore, à la française. Même Gluck s'y est plié à Paris. J'aime beaucoup l deuxième, un lento plein de sentiment.

Munich, le théâtre Cuvilliés - le Reisdenztheater près de Odeonsplatz, souvenirs de jeunesse. A la mode française, lui aussi. Karl Theodor eut son plaisir.

> Article de référence http://www.arte.tv/fr/w-a-mozart-idomenee/563540,CmC=562754.html