Cela a commencé avec un Matin de Musiciens, lorsque Paul Agnew racontait ses concerts à la Cité de la Musique. Avec les Arts Florissants, il est en train d'interpréter tous les livres des madrigaux de Monteverdi - il en est au sept, pour arriver au neuf posthule.
J'ai donc écouté le six sur medici.tv, avec beaucoup de plaisir. Les cinq chanteurs - et plus par moments - apportent toute l'humanité et la compassion à ces très beaux textes, qu'ils disent avec vérité. Car, Agnew m'apprend, on disait les textes avant de les chanter.
Et il y est question de la pauvre Arianne abandonnée, de la pauvre Romanina morte et enterrée - ou alors de Zefiro qui enjolive la nature le Printemps nouveau venu. Ce sont de beaux vers, vrais, même derrière la patine du convenu académique.
C'est par ces textes enfin compris - merci les sous-titres! j'ai beau être italienne, dans la polyphonie à cinq voix certains mots se perdent - que la musique me touche. Car elle exprime leurs émotions au plus vrai, les dissonances pour la mort, l'harmonie pour l'amour, le style enlevé pour le printemps et le soleil et le tempo lent pour l'abandon et la lamentation.
J'ai écouté aujourd'hui le "stile concitato" dans Il Combattimento di Tancredi e Clorinda - dans la belle édition du Livre VIII (Madrigali guerrieri e amorosi) du Concerto Italiano et Rinaldo Alessandrini. C'est le style de la guerre.
Enfin hier soir l'Orfeo, dirigé celui-ci aussi par Alessandrini sur un live de la Scala disponible sur medici.tv.
Je n'ai pas aimé la mise en scène de Robert Wilson - hiératique et figée, alors qu'il est question de fable et de mouvement dans l'oeuvre : l'imagerie des peintres de l'époque est autrement vivante et chaude; les chanteurs sincères des Art Florissants me manquent - mais la musique m'a infiniment et enfin plu.
Je passe sur l'entrée de circonstance. Youtube nous la restitue par Jordi Savall, ce n'est que la signature des Gonzague. Mais le coeur de la pièce a une telle émotion. La fin surtout, lorsque Orphée se retourne pour regarder les yeux d' Eurydice - 'i lumi' - et elle disparaît. Tout de suite après l' Echo répond sourdement à Orphée esseulé. Et Zeus intervient et lui dit : les beautés de ton amie tu continueras de les vois dans le ciel et les étoiles... Naissance et nature de la poésie, la beauté pour remplacer les morts qui nous ont abandonnés.
Il ne faut point avoir peur. Autre leçon pour moi.
Je vais ré-écouter la Poppée, que j'ai par Malgoire, et rechercher un bon Ulysse. Surtout, surtout, je vais rechercher les textes qui sont - à la différence de certain opéra récent - des plus beaux de leur temps.
Réconciliée avec Monteverdi, je trouve aujourd'hui un article dans le numéro de Juin de Diapason. Ma che combinazione dirait-on dans mon pays.
J'y apprends les innovations qu'il a introduites dans la polyphonie outremontaine de la Renaissance, créant des dissonances 'incorrectes' pour servir l'expresion du texte. Il invente ainsi des 'arias', grâce au basso continuo qui permet aux voix seules de s'exprimer hors polyphonie. Et il intercale des 'sinfonie' instrumentales entre les airs. Son texte "dit" dans l'Orfeo devient "recitar cantando" dans la Poppea.
Un monde s'ouvre.
J'ai donc écouté le six sur medici.tv, avec beaucoup de plaisir. Les cinq chanteurs - et plus par moments - apportent toute l'humanité et la compassion à ces très beaux textes, qu'ils disent avec vérité. Car, Agnew m'apprend, on disait les textes avant de les chanter.
Et il y est question de la pauvre Arianne abandonnée, de la pauvre Romanina morte et enterrée - ou alors de Zefiro qui enjolive la nature le Printemps nouveau venu. Ce sont de beaux vers, vrais, même derrière la patine du convenu académique.
C'est par ces textes enfin compris - merci les sous-titres! j'ai beau être italienne, dans la polyphonie à cinq voix certains mots se perdent - que la musique me touche. Car elle exprime leurs émotions au plus vrai, les dissonances pour la mort, l'harmonie pour l'amour, le style enlevé pour le printemps et le soleil et le tempo lent pour l'abandon et la lamentation.
J'ai écouté aujourd'hui le "stile concitato" dans Il Combattimento di Tancredi e Clorinda - dans la belle édition du Livre VIII (Madrigali guerrieri e amorosi) du Concerto Italiano et Rinaldo Alessandrini. C'est le style de la guerre.
Enfin hier soir l'Orfeo, dirigé celui-ci aussi par Alessandrini sur un live de la Scala disponible sur medici.tv.
Je n'ai pas aimé la mise en scène de Robert Wilson - hiératique et figée, alors qu'il est question de fable et de mouvement dans l'oeuvre : l'imagerie des peintres de l'époque est autrement vivante et chaude; les chanteurs sincères des Art Florissants me manquent - mais la musique m'a infiniment et enfin plu.
Je passe sur l'entrée de circonstance. Youtube nous la restitue par Jordi Savall, ce n'est que la signature des Gonzague. Mais le coeur de la pièce a une telle émotion. La fin surtout, lorsque Orphée se retourne pour regarder les yeux d' Eurydice - 'i lumi' - et elle disparaît. Tout de suite après l' Echo répond sourdement à Orphée esseulé. Et Zeus intervient et lui dit : les beautés de ton amie tu continueras de les vois dans le ciel et les étoiles... Naissance et nature de la poésie, la beauté pour remplacer les morts qui nous ont abandonnés.
Il ne faut point avoir peur. Autre leçon pour moi.
Je vais ré-écouter la Poppée, que j'ai par Malgoire, et rechercher un bon Ulysse. Surtout, surtout, je vais rechercher les textes qui sont - à la différence de certain opéra récent - des plus beaux de leur temps.
Réconciliée avec Monteverdi, je trouve aujourd'hui un article dans le numéro de Juin de Diapason. Ma che combinazione dirait-on dans mon pays.
J'y apprends les innovations qu'il a introduites dans la polyphonie outremontaine de la Renaissance, créant des dissonances 'incorrectes' pour servir l'expresion du texte. Il invente ainsi des 'arias', grâce au basso continuo qui permet aux voix seules de s'exprimer hors polyphonie. Et il intercale des 'sinfonie' instrumentales entre les airs. Son texte "dit" dans l'Orfeo devient "recitar cantando" dans la Poppea.
Un monde s'ouvre.





