Suite à la Straussmania de dimanche, j'écoute donc avec un peu plus de discipline et d'attention.
C'est la richessse des timbres de ces immenses orchestres, avec d'énormes pupitres de bois et cuivres, des harpes et des instruments insolites comme les cloches de vache, parfois l'orgue. Papa Haydn n'avait pas cela. Et là c'est une vrai enchantement.
Les violons sont capiteux, ils portent tout le lyrisme des voix féminines dans les thèmes souvent féminins - au sens de personnage féminin dans le poème symphonique - se déployant comme un ruban de velours. "Eintritt in den Wald" n'est que cordes moelleuses, comme les petites filles des fables qui vont aux bois. Les flûtes leur apportent un accent, une touche pastorale comme dans la tradition. La harpe est une nuance d'élégance et de rêve.
Le hautbois peut être une dame mure, comme dans Don Juan - le magnifique passage de Donna Anna. La clarinette est plutôt pour la rigolade, Il n'y en pas beaucoup, mais il est roi dans le Thil Eulenspiegel.
L'orgue a une place spéciale, quasi religieuse. Il intervient avec ses tons un peu rigides, comparés aux vibrations des instruments plus proches du corps de l'homme - cordes et vents.
L'usage abondant des cuivres est masculin, et en contraste. Il n'y a pas seulement alternance de thèmes rapides et lents ici, comme chez les anciens, mais encore l' alternance de cordes et des cuivres - les hommes répondant aux femmes par le timbre.
Il y a également l'alternance de l'aigu et du grave. Dans la Symphonie Alpine, on commence dans les tréfonds de la nuit des tubas. on monte dans le haut des violons et redescend le soir. C'est descriptif - ce que certains détestent - mais aussi intéressant. Strauss emploie vraiment tout les moyens d'expression possibles. Il y en a une très grande variété, comme sont variés nos mouvements de l'âme.
Il y a ensuite l'intérêt de la forme, qui envoie bouler toute la forme sonate et emploie le "poème" - une suite de thèmes librement choisis, sur un thème à suivre. Il faut d'ailleurs un guide de lecture pour se représenter les différentes évocations - le désir de Don Juan aux cuivres, Zerlina aux violons, Donna Anna au hautbois, la possession triomphate aux cuivres de nouveau etc.
Enfin, l'intérêt des thèmes choisis. Don Juan et Thil sont déjà des choix philosophiques. Ce sont des choix de jeune homme, ceci est du Strauss jeune - à peine vingt ans et des poussières. La pari insensé du Zarathoustra de Nietzsche, que Tranchefort déteste - trop long, pas abstrait, avec cette horrible valse... mais n'est-elle pas ironique ? - vient un peu plus tard. Et à la vaille de la Grande Guerre, mature, Strauss se retourne plutôt sur l'expérience individuelle - comme la montée d'une pente à la montagne.
Mais Tubeuf a raison, aucun signe dans cette Alpine Symphony des temps qui courent. La guerre éclate, les mouvements artistiques explosent, la symphonie est toute close sur l'expérience stable et constante de l'auteur. Un homme qui se recentre, qui se centre sur soi quoi qu'il arrive, comme un Moine Bouddhiste.
Et pourtant dans la réalité l'homme était sensible. Il a tenu des positions assez élégantes en politique, malgré une prudence certaine de bon bourgeois qui protège sa famille. Après la seconde guerre mondiale, il fait don du manuscrit de l'Alpine à la France. Un signe de fraternité peut-être pour cet Européen dans l'äme.
- Symphonie Alpine, Harding
- Zarathoustra, Til Eulenspiegel, Dom Juan, Bernstein
C'est la richessse des timbres de ces immenses orchestres, avec d'énormes pupitres de bois et cuivres, des harpes et des instruments insolites comme les cloches de vache, parfois l'orgue. Papa Haydn n'avait pas cela. Et là c'est une vrai enchantement.
Les violons sont capiteux, ils portent tout le lyrisme des voix féminines dans les thèmes souvent féminins - au sens de personnage féminin dans le poème symphonique - se déployant comme un ruban de velours. "Eintritt in den Wald" n'est que cordes moelleuses, comme les petites filles des fables qui vont aux bois. Les flûtes leur apportent un accent, une touche pastorale comme dans la tradition. La harpe est une nuance d'élégance et de rêve.
Le hautbois peut être une dame mure, comme dans Don Juan - le magnifique passage de Donna Anna. La clarinette est plutôt pour la rigolade, Il n'y en pas beaucoup, mais il est roi dans le Thil Eulenspiegel.
L'orgue a une place spéciale, quasi religieuse. Il intervient avec ses tons un peu rigides, comparés aux vibrations des instruments plus proches du corps de l'homme - cordes et vents.
L'usage abondant des cuivres est masculin, et en contraste. Il n'y a pas seulement alternance de thèmes rapides et lents ici, comme chez les anciens, mais encore l' alternance de cordes et des cuivres - les hommes répondant aux femmes par le timbre.
Il y a également l'alternance de l'aigu et du grave. Dans la Symphonie Alpine, on commence dans les tréfonds de la nuit des tubas. on monte dans le haut des violons et redescend le soir. C'est descriptif - ce que certains détestent - mais aussi intéressant. Strauss emploie vraiment tout les moyens d'expression possibles. Il y en a une très grande variété, comme sont variés nos mouvements de l'âme.
Il y a ensuite l'intérêt de la forme, qui envoie bouler toute la forme sonate et emploie le "poème" - une suite de thèmes librement choisis, sur un thème à suivre. Il faut d'ailleurs un guide de lecture pour se représenter les différentes évocations - le désir de Don Juan aux cuivres, Zerlina aux violons, Donna Anna au hautbois, la possession triomphate aux cuivres de nouveau etc.
Enfin, l'intérêt des thèmes choisis. Don Juan et Thil sont déjà des choix philosophiques. Ce sont des choix de jeune homme, ceci est du Strauss jeune - à peine vingt ans et des poussières. La pari insensé du Zarathoustra de Nietzsche, que Tranchefort déteste - trop long, pas abstrait, avec cette horrible valse... mais n'est-elle pas ironique ? - vient un peu plus tard. Et à la vaille de la Grande Guerre, mature, Strauss se retourne plutôt sur l'expérience individuelle - comme la montée d'une pente à la montagne.
Mais Tubeuf a raison, aucun signe dans cette Alpine Symphony des temps qui courent. La guerre éclate, les mouvements artistiques explosent, la symphonie est toute close sur l'expérience stable et constante de l'auteur. Un homme qui se recentre, qui se centre sur soi quoi qu'il arrive, comme un Moine Bouddhiste.
Et pourtant dans la réalité l'homme était sensible. Il a tenu des positions assez élégantes en politique, malgré une prudence certaine de bon bourgeois qui protège sa famille. Après la seconde guerre mondiale, il fait don du manuscrit de l'Alpine à la France. Un signe de fraternité peut-être pour cet Européen dans l'äme.
- Symphonie Alpine, Harding
- Zarathoustra, Til Eulenspiegel, Dom Juan, Bernstein
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