Souvenir...

Souvenir...

mercredi 23 avril 2014

Blessure et dépassement

J'ai tout effacé de ma première rédaction. La plainte attardée d'une adolescente blessée.

La musique nous est si mal transmise. Elle est inculquée par un instrument, qui devient l'outil de torture et expose au monde nos maladresses et notre laideur. Sauf quelques élus, nous sommes tous moyens, voir mauvais. A force de travail on peut se hisser vers la justesse, au plus. Blessure narcissique de milliers d'enfants dont l'archet bifurque, les doigts tanguent sur le clavier sans unisson et la voix n'obéit pas à l'oreille.

Je ne fais pas exception, sauf avoir persisté dans le masochisme jusqu'à tard. A dix-sept encore, une maîtresse revêche me poussait à répéter l'examen de cinquième année pour la troisième fois. Je le passais haut la main, dans ce pauvre conservatoire de Bergame, et refermais le clavier pour ne plus le rouvrir pendant trente ans. Pauv' petite, j'en pleurerais presque. C'est que l'adolescente est encore en train de renifler.

Lorsqu'on rate un examen de musique, on n'est pas que banalement bête. On est moche et déplaisant, notre sensibilité est mise en question, notre propre capacité à séduire comme à ressentir des émotions. Forcez donc un enfant obèse à poser pour un concours de beauté. Allô maman bobo... chuis pas beau...

Et pendant tout ce temps, on n'écoute pas. On ne lit pas. Ignorants de tout, comment le Baroque est né, comment Haydn a créé le classique et Mozart l'a sublimé, les différents sommets du Romantisme ou encore le Contemporain. Rien. Pas une clé de lecture, pas une émotion, pas de plaisir. Quel gâchis.

Je suis retombée dedans il y a trois ans. Emotion de la Missa Solemnis de Beethoven à Pleyel. La LSO faisait trembler le sol. Je suis tombée amoureuse. Petit à petit boulimique. J'ai lu, France Musique m'a éduquée, les notes et les constructions se sont faits chaque jour plus clairs. Et plus séduisantes. Et c'est sans fin.

Je suis désormais une collectionneuse. Mon fond n'existait pas, juste quelques titres parsemés dans une maigre discothèque pop consommée en voiture - la Petite Messe Solennelle de Rossini, quelques symphonies de Haydn par Böhm. Presque mille titres constituent mon patrimoine aujourd'hui, que j'enrichis continuellement. Je vais partir à leur redécouverte.

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