Souvenir...

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dimanche 20 juillet 2014

Messiaen Milhaud...

Le hasard des émissions de France Culture m'ont fait mettre les deux M's sacrés du vingtième siècle l'un après l'autre.

M's sacrés et pourtant pas trop. Car ils sont si peu programmés en salle. Leur sort s'inscrit dans ce moment de l'histoire, peut-être, où les compositeurs se sont peu à peu effacés dans l'imaginaire des gens : Langue savante que le commun des auditeurs ne connaît ni ne partage --- ce n'est pas celle qu'on apprend au solfège ou dans la chorale paroissiale ---, naissance du disque populaire en parallèle, publique averti détourné vers le jazz.... Ravel et Debussy, Strauss et Wagner auront été les dernières stars populaires. Dutilleux a pu décéder l'an dernier dans l'indifférence générale.

Stars pourtant. Plus faciles d'écoute que la très cérébrale second école de Vienne, malgré les dogmes Bouleziens --- raus les vieux franchouillards, drein Berg et Webern... encore plus vieux l'avons-nous jamais dit, et peut-être moins créatifs. Qui sait qui fait que la dodécaphonie s'est affirmée après la second guerre mondiale comme la seule chose qui vaille dans le panorama contemporain.

Je me suis attachée à Messiaen grâce à Darrien, de France Musique, qui par deux fois en a fait son pain lors du Matin des Musiciens. Avec Maire Vemeulen --- en filiation directe su maître via Roger Muraro --- la jeune femme a illustré les Petites Esquisses d'oiseaux et les Vingt regards sur l'Enfant Jésus. Il paraît que ces élèves accouraient aux leçons d'analyse de Messiaen, quitte à moquer ses bizarreries depuis le mysticisme jusqu'à l'amour des moneaux et autres rossignols.  Messiaen écrit en modes, il n'est pas fan de la dodécaphonie, et ne se gêne pas pour écrire quelques pages tonales si cela lui chante.

J'ai donc les Préludes et les Petites Esquisses par Vermeulen, et les Vingt Regards par Muraro. Je les écoute petit à petit, sans négliger les explications du maître même qui éclaire une matière complexe.

Milhaud, franchement, c'est plus facile, plus exubérant. Il ne s'embarrasse pas de snobisme pour puiser dans le folklore, dans les marimbas brésiliennes comme dans le jazz entre deux guerres. Secrétaire de Claudel, il le suit en ambassade au Brésil, puis écrit le Boeuf sur le Toit sur un sujet de Cocteau. Sa suite française date de 1944, l'année des Vingt Regards de Messiaen. A-t-on oublié cette année de fin de guerre --- Milhaud encore en exile en Amérique, Messiane mal vu par les pétainistes.

J'ai un très bel enregistrement de la Bayerische Rundunk avec Celibidache avec son concerto pour marimba --- délicieux ! --- et sa suite française. Un bel Alexandre Tharaude avec Saudades do Brail en piano --- et la Muse ménagère, et autre.

Découverte récente, à ré-écouter encore et encore --- un monde imaginaire et spirituel riche dont je ne vois que le début après des longues années d'ignorance.

samedi 12 juillet 2014

Shani Diluka

C'est la fille que nous aimerions tous avoir. Mignonne, gentille, avec du caractère et du génie.

Je me souviens il y a un an, Roger Mouraro. Son Chopin m'avait figée d'ennui : formel, formol, suspendu dans un liquide intello sans sang.

Ce n'est pas le cas ici. Le sang chaud circule, le soleil illumine un dynamisme exacerbé. Pianissimissimo suivi de fortsissimissimo - le nez dans les étoiles. Shani fait sortir de petits oiseaux délicats de sa main droite lorsque Chopin fait des petits thèmes d'enfant --- et elle lâche tout son corps sur des fortissimos épanouis ou dramatiques. La main gauche structure tout rigoureusement, forte, fluide.

Les harmonies hardies, les modulations modernes crispent le temps et l'espace, notamment dans la Balade noire, la première, la terrible.

Programme très ambitieux par ailleurs, les premiers trois nocturnes, les premières deux valses, la terrible ballade... Et puis les pièces lyriques de Grieg, et encore la Plus Que Lente de Debussy et ses Images --- étonamment percussives, notamment dans le Jardin sous la Pluie. Puis les bis, Clair de Lune, une autre valse de Chopin. On ne se gêne pas de la comparaison avec Rubinstein, Gieseking, Gilels...

Son beau sourire de fille sage qui sait son fait est ce qui sort des doigts : assurés, personnels, respectant ses classiques en les ébouriffant.

Tout cela dans le magnifique, le divin parc de Bagatelle. Les paons et les oies aux joues blanches déballent dans les allées raffinées, sous les arbres exotiques et les chenilles urticantes des chênes --- ces temps-ci...


samedi 5 juillet 2014

Résurrection après deux semaines de silence

Ce ne fut qu'un silence apparent. En réalité ma discothèque m'a accompagnée en ces soirs difficiles, depuis Shani Diluka et ses américains jusqu'au Beethoven de Brendel, en passant par Froeberger l'insoumis de Blandine Verlet.

Je n'ai pas pu ni voulu écrire, c'est tout. L'écoute musicale dans ce qu'elle a de plus personnel.

Maintenant, par deux fois j'ai passé la très belle Résurrection --- pardonnez le piètre jeu de mot su titre --- de Mahler par Zubin Mehta et les Wiener. Christa Ludwig et Ileana Cotrubas en solistes.

Je me dis après tant d'années d'ignorance que Mahler a une grande qualité, que d'autres considéreront un défaut : Il est facile d'écoute. La mise en scène fort dramatique de la mort suivie de la résurrection est d'une clarté enfantine. Marche funèbre obsédante en ouverture, danse macabre sur ton ternaire viennois, retour dramatique et enfin --- enfin !!! --- chant libératoire de l'homme souffrant ascendant au ciel. Bien que lentement, très lentement. Les thèmes sont beaux, développés de façon obsessionnelle, clairs et évidents comme des personnages de théâtre.

Un orchestre imposant --- les cuivres par dix et les bois par trois au minimum, sans compter le pupitre complet des percussions complets de gong "à effet" --- porte le monument vers les hauteurs. Deux voix féminines dramatiques et un grand choeur complètent l'effectif. Debussy, dit-on, a détesté ce déploiement pneumatique.

Surtout, surtout il y a ce fatras ancien de la résurrection chrétienne qui détonne un peu avec son temps. Le public parisien, blasé, ne pouvait aimer. Et pourtant. Pourtant, si c'était vrai, j'aimerais marcher vers ce grand soleil brûlant du finale après une vie de souffrance. Imaginer la tristesse de la fin physique, de la séparation dramatique des gens qu'on aime --- et dont le cortège funèbre résonne dans les premiers temps --- pour s'éveiller dans un Ciel consolateur de la souffrance de l'homme. Ce rêve d'un au-delà lumineux, plein et parfaitement serein auprès de Dieu, juxtaposé à un ici-bas plein de douleur et souffrance... Mahler y croyait-il seulement quelques ans avant sa mort prématurée de cardiaque...

Je me dis que finalement, et après avoir longtemps ignoré coupablement son auteur, cette Résurrection ma plaît beaucoup.

C'est un vieil enregistrement de 1975, du temps on redécouvrait Mahler. Mehta comme son ami Abbado ont contribué à cette renaissance. Le temps de ma première année de primaire, le temps où les amitiés de L2viathan de Auster se tissent --- souvenir de Vietnam et hippies effacés par les Brigate Rosse et la R.A.F... Deutsche Gramofon l'a choisi pour son intégrale Mahler.


dimanche 22 juin 2014

Mangas versus sensibilité

Souvent je me mets au baroque pour revenir à la joie. C'est sans doute un souvenir d'enfance, la résonance de Charpentier pour l'Eurovision --- acte de naissance du label Erato récemment ressuscité --- ou du générique de Carosello, faux baroque de Raffaele Gervasio. Les rythmes marqués et les harmonies claires, la danse et la fête, les pièces courtes et faciles à chantonner...

Maintenant, c'est la révolte qui nous vient des baroqueux qui dans leurs labels indépendants et leurs instruments historiques ont apporté un vrai renouveau à la scène des concerts internationaux. Des rebelles en costume. Après les pionniers il y a trente ou quarante ans, deux ou trois générations de jeunes ont apporté un éclairage sur les mille facettes de cette musique triomphante de l'ancien régime.

Je me suis donc surprise hier au Parc à écouter deux disques qui sont le jour et la nuit du Baroque Mûr. Le Jardin de Monsieur Rameau, une anthologie proposée par père du baroque français, William Christie, et ses Arts Florissants. Les Berlin Symphonies de C.P.E. Bach, une des éditions anniversaires qui foisonnent cette année, par le Kammerorchester Carl Philip Emmanuel Bach et Hartmut Haenchen.

J'ai l'impression d'avoir des jeux vidéo aux couleurs étincelantes, pleins de monstres et d'effets de théâtre en 3D chez l'un. Et d'avoir des paysages sensibles, évoquant la nature chez l'autre. Versailles d'une part, le hameau de la reine de l'autre.

Voyez plutôt quelques textes, sur lesquels les chanteurs lauréats de Christie déploient leurs ornements et joutes :

De quels nouveaux concerts ces voûtes retentissent !
nos chants sont moins harmonieux.
d’où vient que ces lieux s’obscurcissent ?
Quel éclat fait briller les Cieux !
(dans le fond effet théâtral de tonnerre)
.......
Quels funestes objets s’offrent à mes regards ?
Je crois voir s’élever mille spectres terribles ;
des monstres, sous mes pas, naissent de toutes parts…
Quel bruit affreux ! quels cris !
Quels hurlements horribles !
......
Voici les tristes lieux que le monstre ravage,
hélas ! si pour moi seul je craignais sa fureur,
Je l’attendrais sur ce rivage
pour être sa victime, et non pas son vainqueur.
monstre affreux, monstre redoutable,
Ah! Que le sort me serait favorable
s’il ne m’exposait qu’à vos coups,

Ah! l’amour est encore plus terrible que vous.

Des monstres magiques sortent du sol ou tombent du ciel, des dieux dorés visent le cœur d'amoureux éperdus avec leurs flèches, tout est merveilleusement faux et fantastiquement séduisant. La voix halète, on hurle de "oh ciel!" à la tout va. Nous écoutons comme nos enfants lisent les mangas, jouent dans les univers des jeux vidéo ou s'enchantent devant Le Seigneur des Anneaux.

Chez C.P.E Bach, une musique tout aussi royale se déploie à la cour de Berlin. Mais elle est plus sensible, sans, mots, les symphonies instrumentales prennent de l'indépendance sur l'opéra et sur la dance. Il s'y déploie un esprit, certes, festif, mais encore tourné vers les sentiments. La dialectique des temps festifs et méditatifs, des thèmes affirmatifs et mélancoliques développe un drame tout de sentiments fait, mais sans le dire. On évoque la joie, puis la mélancolie, enfin la danse qui résout l'opposition des deux. Une intériorité assez retenue et plutôt élégante que bluffante.

La Révolution balaiera Versailles, le romantisme retiendra C.P.E. Bach. Aujourd'hui, pourtant, c'est du Grand Opéra et de la Tragédie Lyrique qui font frémir nos jeunes --- l'expression des drames étant plus fantastique que jamais grâce aux effet spéciaux de Hollywood et aux technologiques numériques de jeux.

dimanche 15 juin 2014

Iphigénie en Tauride, sage fille de son père

Iphigénie chez Gluck est la soeur lointaine de Elektra chez Strauss.

Sérieuse douce et digne, elle épargne son frère au sacrifice sur des airs beaux et harmonieux. Les vicissitudes les plus sinistres de la tragédie grecque échevelée sont purifiées et polies comme du verre de roche. Les sentiments sont l'amitié, la fraternité et le respect pieux de la loi des pères. Non pas des mères - puisque Oreste, le bon frère, a tout de même un peu trucidée leur propre mère Clytemnestre... Mais les Ménades d'Eurypide sont loin, ne restent ici que les héros sages et vertueux "Détachez donc ces chaînes...".

Mais j'aime cette harmonie raisonnable, sertie de compassion et maîtrise des sentiments. l'orage arrive, éclate et passe, la paix triomphe.

J'aime surtout les choeurs de femmes dans Iphigénie en Tauride. Il en est qui sont carrément des hymnes d'églises. Ces femmes ne sont-elles pas les chastes prêtresses de Diane, la vierge fille de Laton... No sex we are gentlemen...

Je sens comme un ensemble ordonné de voilages soyeux, légers et doux, qui accompagnent l'histoire  hautement morale d'amours familiaux reconstitués contre les délires des hommes.

Marie-Antoinette, encore bien jeune, a assisté à la première de cette jolie pièce. Accompagnée dans sa loge aux flambeaux, elle a pris part au grand succès de public au Théâtre du Palais Royal - pas celui d'aujourd'hui, mais peu s'en faut : l'original a été détruit par un incendie deux ou trois ans après la prima lors d'une autre représentation de Gluck. L'Opéra de Paris y tenait ses spectacles avant la salle Péletier et bien sûr avant Garnier et Bastille. Il s'appelait l'Académie Royalde de Musique depuis Lully.

Sa vie a fini bien autrement que l'Opéra, on le sait. La réalité est autre que cette aspiration à l'harmonie universelle de Gluck. Et de tant d'intellectuels et musiciens qui ont cru en la primauté de la Culture et de la Beauté sur les tourments des hommes. Dans des temps récents, des Strauss et des Zweig ont été comme Gluck des Européens convaincus, contre la guerre et la violence des nations. Mais ils ont perdu.

Je lis Europa de Romain Gary. Il y soutient que le déclin d l'Europe vient de la séparation de la beauté et du bon. L'Europe n'existerait plus que dans les musées, comme un souvenir du beau que les fascismes ont détruit à jamais. Au dix-huitième siècle - celui de Gluck de David et de Goethe - jamais on n'aurait pense au Bon sans qu'il ne soit Beau. Liberté égalité et fraternité comme les exemples derniers du beau geste... Les fascismes on détruit le beau pour le kitsch et on n'en remonte plus.

Une lecture romanesque de notre histoire, peu étayée par des fait scientifiques. Et pourtant... cela laisse à réfléchir, et on peut regretter le bon Gluck et ses magnifiques hymnes de jeunes vierges qui s'opposent à la Barbarie...

Cela eût mérité plus de monde

il y avait comme un air de veille funèbre à Pleyel ce soir. La saison prochaine ne sera pas. Le programme richissime de Pleyel part en partie à la nouvelle Philarmonique de Boulez, en partie à Radio France. Pleyel est officiellement for sale, à condition de ne plus programmer du classique. Je n'aime pas cela.

Ce sera peut-être ma dernière fois. L'année prochaine : TCE, leurs beaux concerts du matin; Opéra Comique, deux fois; et peut-être Radio France.

Tout cela est bien dommage. Il y avait peu de monde pour le Voyage de Marco Polo. Trop peu. Car c'était une petite merveille. Kalaitzidis incarne le voyage de Marco Polo dans une suite de compositions personnelles et de morceaux populaires d'Italie, Ouzbékistan, Mongolie, Chine et Corée. Des musiciens de ces pays s'alternent dans des solos suivant le tuttis - ce n'est pas une démonstration ni une évocation, mais vraiment une incarnation des peuples et des régions que Polo découvrait émerveillé. Les compositions originales sont belles, simples et populaires, utilisant modes et timbres de tous ces pays dans une fusion très réussie. Frissons lors de quelques solos, notamment lorsque ces dames ont des solos - le superbe lamento ouzbèque, le solo de flûte coréenne, le solo de corde chinois...

C'est en me faisant emporter que la tension est tombée, la grâce s'est faite. Dommage pour le pubic épars qui n'a même pas longuement applaudi ce très bel ensemble.




dimanche 8 juin 2014

L'étrange Fidélio ou le héros victime

Oh surprirse, après une ouverture bien héroïque à la Ludwig, une musique à la légèreté mozartienne nous accompagne le long des deux actes.

Mais le sujet est d'une lourdeur, d'une morbidité pesante. Ces personnages enfermés dans une prison sinistre, jusqu'au cachot au fond du donjon où pourrit Florestan, sont d'une tristesse infinie. La belle Léonore en déguisé masculin - elle se fait engager par le gardien Rocco pour libérer le mari aimé Florestan - n'a rien des soubrettes piquantes de Wolfgang.

C'est une histoire très morale qui nous est concoctée, entre politique subversive - il faut libérer les prisonnier du geôlier infecte Pizarro, auquel le bon Rocco est obligé d'obéir - et la belle et fidèle Léonore ne songe qu'à libérer son beau monsieur en haillons.

Rocco est le personnage qui me plaît le plus. Il n'est pas pur, mais profondément compassionnel. Il doit se salir les mains et le fait - mais il sait aussi se sortir de la fange lorsque cela dépasse la cruauté normalement admise.

Mais de nouveau, le brio et la folie enfantine de Wolfgang nous manquent. C'est ici cachots, noirceur, héroïsme poisseux - où les histoires drôles de déguisements n'enlèvent pas un seul sourire.

Dans ce sujet pesant, la musique la plus belle ce dégage - une grâce viennoise se libère de chaque duo ou trio, qui mériterait plus de lumière.

Cela éclaire-t-il l'imaginaire de Ludwig ? Se voit-il en Florestan puant et en haillons, crevant de faim dans sa crasse sous l'oppression de gens méchants ? Rêve-t-il d'une Léonore qu'il n' a jamais rencontrée, capable de l'aimer au delà des barreaux et de son aspect repoussant ?

C'est un homme souffrant qu'on devine, très épris de lui-même et de sa droiture morale, et pourtant peu confiant dans le charme et l'image qu'il projette. Le musicien de génie qui se balade dans les salons aristocrates sans vraiment en faire partie... et l'homme mal aimé des femmes, dont il tombe amoureux à répétition.

C'est quelqu'un de touchant et souffrant, on sent de la compassion, mais soudainement la musique nous plaît plus que l'homme.

J'en vois une belle version à l'Opéra de Zurich - Bernard Haiïtink à la baguette, avec Katharina Thalbach à la mise en scène.

J'en ai écouté ma verion disque avec Bernstein dirigeant les Wiener Philarmoniker sur les voix de Lucia Popp et Dieter Fischer-Diskau.

lundi 2 juin 2014

Elektra et Orfeo

Trois-cents ans séparent l'Orfeo de Monteverdi et l'Elektra de Strauss. 1909 à Dresde pour le second. 1607 à Mantoue pour le premier. Et cent ans se sont écoulés depuis Strauss. Distances vertigineuses, multiples générations. Plus de 2,000 braves gens dans la plaine (500 - pas trop loin de la Crémone de Monteverdi) et la montagne (500) lombarde, comme en Normandie (500) et dans le Sud Ouest français (500, dont 250 basques) se mariaient et avaient des enfants, mes ancêtres, alors que Claudio jouait son premier opéra chez les Gonzague. Sauf mariages consanguins qui ont pu abattre les nombres des temps en temps.

Un grand point commun, pourtant. Ou plusieurs.

D'abord, c'est l'usage des grands mythes grecques.

J'écoutais les podcasts de France Culture ce week-end, le Salon Noir notamment : Il y aurait un archéologue anglais pour soutenir que la mythologie que nous connaissons naît au fait dans le néolithique, voir avant, avec un cycle de vie très long. Clytemnestre aurait vu le jour dans le cavernes avec Agamemnon et ces dieux et déesses.

Là on est plus modestes. Les mythes ont été écrits et utilisés il y a tout juste 2,500 ans, ou moins. Monteverdi les a repris, et ainsi Strauss - avec son complice von Hoffmanstahl épris de freudisme. Dans les deux cas, le souhait de REPRESENTER de façon THEATRALE des vérités universelles et immuables de l'expérience humaine. Les amours les haines et les deuils...

Monteverdi et Strauss choisissent, tous les deux, des MONSTRES qui n'arrivent pas à faire leur deuil. Orfeo perd sa femme de façon accidentelle et ne s'en console pas. Elektra se morfond dans le dési de venger le père tué par sa propre mère et son beau père haï. Ils s'accrochent, se figent, accomplissent des gestes insensés pour réparer l'horreur de la mort.

Mais Orfeo enfin se résigne, sa belle avalée par les Enfers malgré son voyage de sauvetage ne lui répond plu qu'n Echo. Sur les conseils sages de son père Zeus, il finit par voir la beauté d'Eurydice dans le ciel et les étoiles - naissance de la poésie consolatrice....

Alors qu'Elektra perd sa raison d'être une fois la vengence accomplie. Son frère Oreste, qui a porté le coup fatal, commence une nouvelle vie - lui-même couronné. Sa soeur se réjouit de pouvoir enfin vivre sa vie de femme. Alors qu' Elektra, elle, desséchée par le succès e son désir mortifère, meurt vidée.

Un autre point commun me semble-t-il est que Monteverdi et Strauss ont tous deux mis leur musique au service du texte. Avant tout. Il s'agit de dire une histoire, et ses émotions - rien d'autres.

Aussi Monteverdi se permet des libertés, il introduit des solos (les arias) et des symphonies entre les polyphonies convenues. Alors que Strauss ne se permet pas de symphonies, presque pas de coeurs, et se concentre dans un "close up" asphyxiant sur les dialogues des personnages. Son orchestre - que certains disent envahissante et trop puissante - porte chaque tirade sur un file tendu, comme si les personnages boxaient entre eux plutôt que parler. L'hystérie à enlever le souffle de Elektra bouffe l'air de tous ses co-personnages - l'orchestre nerveux l'honore.

Je n'en ai pas dormi. Sérieux. Après avoir clos le dernier épisode d'Elektra, je vais sagement au lit et rêve de mort. Je suis dans un petit appartement nouveau en bord de mer, au rez-de-chaussée. Je ferme anxieusement toutes le fenêtres avec leurs stores hermétiques : un tueur rôde, la mort veut entrer. Clytemnestre et Egyste faisant leur clin d'oeil dans la pièce... les paupières lourdes...

Ce n'est pas un art conciliant, ni chez l'Italien ni chez l'Allemand. C'est un art qui secoue. Et une leçon : Laisser les morts partir, ils ne nous appartiennent pas....

samedi 31 mai 2014

Monteverdi, par hasard

Cela a commencé avec un Matin de Musiciens, lorsque Paul Agnew racontait ses concerts à la Cité de la Musique. Avec les Arts Florissants, il est en train d'interpréter tous les livres des madrigaux de Monteverdi - il en est au sept, pour arriver au neuf posthule.

J'ai donc écouté le six sur medici.tv, avec beaucoup de plaisir. Les cinq chanteurs - et plus par moments - apportent toute l'humanité et la compassion à ces très beaux textes, qu'ils disent avec vérité. Car, Agnew m'apprend, on disait les textes avant de les chanter.

Et il y est question de la pauvre Arianne abandonnée, de la pauvre Romanina morte et enterrée - ou alors de Zefiro qui enjolive la nature le Printemps nouveau venu. Ce sont de beaux vers, vrais, même derrière la patine du convenu académique.

C'est par ces textes enfin compris - merci les sous-titres! j'ai beau être italienne, dans la polyphonie à cinq voix certains mots se perdent - que la musique me touche. Car elle exprime leurs émotions au plus vrai, les dissonances pour la mort, l'harmonie pour l'amour, le style enlevé pour le printemps et le soleil et le tempo lent pour l'abandon et la lamentation.

J'ai écouté aujourd'hui le "stile concitato" dans Il Combattimento di Tancredi e Clorinda - dans la belle édition du Livre VIII (Madrigali guerrieri e amorosi) du Concerto Italiano et Rinaldo Alessandrini. C'est le style de la guerre.

Enfin hier soir l'Orfeo, dirigé celui-ci aussi par Alessandrini sur un live de la Scala disponible sur medici.tv.

Je n'ai pas aimé la mise en scène de Robert Wilson - hiératique et figée, alors qu'il est question de fable et de mouvement dans l'oeuvre : l'imagerie des peintres de l'époque est autrement vivante et chaude; les chanteurs sincères des Art Florissants me manquent - mais la musique m'a infiniment et enfin plu.

Je passe sur l'entrée de circonstance. Youtube nous la restitue par Jordi Savall, ce n'est que la signature des Gonzague. Mais le coeur de la pièce a une telle émotion. La fin surtout, lorsque Orphée se retourne pour regarder les yeux d' Eurydice - 'i lumi' - et elle disparaît. Tout de suite après l' Echo répond sourdement à Orphée esseulé. Et Zeus intervient et lui dit : les beautés de ton amie tu continueras de les vois dans le ciel et les étoiles... Naissance et nature de la poésie, la beauté pour remplacer les morts qui nous ont abandonnés.

Il ne faut point avoir peur. Autre leçon pour moi.

Je vais ré-écouter la Poppée, que j'ai par Malgoire, et rechercher un bon Ulysse. Surtout, surtout, je vais rechercher les textes qui sont - à la différence de certain opéra récent - des plus beaux de leur temps.

Réconciliée avec Monteverdi, je trouve aujourd'hui un article dans le numéro de Juin de Diapason. Ma che combinazione dirait-on dans mon pays.

J'y apprends les innovations qu'il a introduites dans la polyphonie outremontaine de la Renaissance, créant des dissonances 'incorrectes' pour servir l'expresion du texte. Il invente ainsi des 'arias', grâce au basso continuo qui permet aux voix seules de s'exprimer hors polyphonie. Et il intercale des 'sinfonie' instrumentales entre les airs. Son texte "dit" dans l'Orfeo devient "recitar cantando" dans la Poppea.

Un monde s'ouvre.


dimanche 25 mai 2014

Encore ces ringards français

Je commençais à fouiller du répertoire pour moi totalement inconnu il y a quelque temps :
http://micro-melo.blogspot.fr/2014/05/ces-francais-negliges.html

C'est celui de ces Français qu'on site parfois pour leurs écrits, mais qu'on n'écoute plus. Depuis quatre ans que je fréquente les salles parisiennes, par exemple, jamais n'ai-je vu Vincent d'Indy au programme.

J'en trouve la Symphonie cévenole par le bel Orchestre de la Suisse Romande. Marek Janowski à la baguette. Les Suisses seraient-ils plus attachés à cet homme de Valence, qui a beaucoup fréquenté le pays...

Or j'entends une symphonie bien agréable. D'instinct j'en ferais la musique d'un film western - le thème cévenol est singulièrement proche de certaine mélodie yankee jouée souvent à la flûte militaire.

Mais la musique de film peut être excellente. Et c'est une beau thème qui la domine. Une orchestration riche. Un développement savant. Les atmosphères changent comme le temps à la montagne - c'est de la musique de paysage, comme Mendelssohn a pu aussi en faire sur des paysages différents - l'Ecosse..

On va dire qu'à la deuxième écoute il devient obsédant et lasse un peu... surtout que la forme cyclique héritée de Franck est prise au pied de la lettre - on ne s'écarte pas de la rengaine plus de trois minutes dans chaque mouvement. Comme dans la musique de film...

Je ne vais pas faire ma Verdurin arrogante en snobant ce montagnard qui revendique sa province. Tous sont en admiration de Richard Strauss et sa villa à Garmisch. Il a écrit sa Symphonie Alpine quelques trente ans plus tard. Pourquoi souririons-nous de Vincent d'Indy, qui écrit se Cévenole en 1886 glanant un thème de la musique populaire. Moi surtout, montagnarde italienne extasiée par les atmosphères allemandes et autrichiennes - pourquoi serais-je insensible aux montagnes d'Ardèche.

Maintenant, cela reste descriptif, un peu répétitif. Mais pourquoi ne jamais la jouer à Paris...

Ayant parcouru quelques pages de ma bibliothèque et - mais oui! - la source honteuse de Wikipédia, je crois que d'Indy est tout de même victime de son idéologie, et de son histoire. Conservateur, voir réactionnaire, il s'inscrit rigoureusement dans les enseignement allemands classiques que son maître Franck, aussi, adorait. Bach. Beethoven. Mendelssohn. Wagner. Pas d'innovation. Et un esprit parfois cocardier, des soupçons d'antisémitisme... Cela n'est pas fait pour plaire à a postérité.

Pris au piège par Sedan, il est dans le paradoxe. Devenir cocardier, fonder l'Ars Gallica par sa Schola Cantorum. Et par ailleurs apprendre la contrepoint, l'harmonie et la construction d'une oeuvre des cousins Allemands - et en opposition aux facilités italianisantes de l'opéra français. Reconstruire l'école française, détruite par la Révolution - car c'était une école ecclésiastique et de cour, et les prêtres et le princes ont perdu leur argent et leur tête cent ans plus tôt... Mais donc quelle Ars Gallica.

Sur la musique, d'Indy s'est brisé les ailes face au génie novateur de Debussy. Ce n'est pas la même Oeuvre. On a posé un duel entre les deux - alors que plusieurs écrits témoignent d'une estime réciproque à bien des égards.

Sur la critique musicale, il a trop écrit d'une méchante plume. On critique aujourd'hui ses jugements tranchés et inévitablement datés qui parsèment des milliers des pages pondues par un érudit.

Mais sur l'Ars Gallica, soit sur la ré-création de l'école française, d'Indy a été incomparablement prolifique. Parmi ses collaborateurs, des savants - en musique sacrée, en musique ancienne, Wanda Landowska aura été son professeur de clavecin - car il n'était vraiment pas antisémite dans ses relations personnelles... ôtons les mauvais soupçons. Dans ses élèves : Le sommet de la composition moderne du pays - les Satie, les Milhaud, les Varèse... C'est une brochette que Debussy ne songera pas à avoir - cela ne l'intéressait pas - et n'aura d'ailleurs jamais.