Souvenir...

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dimanche 15 juin 2014

Iphigénie en Tauride, sage fille de son père

Iphigénie chez Gluck est la soeur lointaine de Elektra chez Strauss.

Sérieuse douce et digne, elle épargne son frère au sacrifice sur des airs beaux et harmonieux. Les vicissitudes les plus sinistres de la tragédie grecque échevelée sont purifiées et polies comme du verre de roche. Les sentiments sont l'amitié, la fraternité et le respect pieux de la loi des pères. Non pas des mères - puisque Oreste, le bon frère, a tout de même un peu trucidée leur propre mère Clytemnestre... Mais les Ménades d'Eurypide sont loin, ne restent ici que les héros sages et vertueux "Détachez donc ces chaînes...".

Mais j'aime cette harmonie raisonnable, sertie de compassion et maîtrise des sentiments. l'orage arrive, éclate et passe, la paix triomphe.

J'aime surtout les choeurs de femmes dans Iphigénie en Tauride. Il en est qui sont carrément des hymnes d'églises. Ces femmes ne sont-elles pas les chastes prêtresses de Diane, la vierge fille de Laton... No sex we are gentlemen...

Je sens comme un ensemble ordonné de voilages soyeux, légers et doux, qui accompagnent l'histoire  hautement morale d'amours familiaux reconstitués contre les délires des hommes.

Marie-Antoinette, encore bien jeune, a assisté à la première de cette jolie pièce. Accompagnée dans sa loge aux flambeaux, elle a pris part au grand succès de public au Théâtre du Palais Royal - pas celui d'aujourd'hui, mais peu s'en faut : l'original a été détruit par un incendie deux ou trois ans après la prima lors d'une autre représentation de Gluck. L'Opéra de Paris y tenait ses spectacles avant la salle Péletier et bien sûr avant Garnier et Bastille. Il s'appelait l'Académie Royalde de Musique depuis Lully.

Sa vie a fini bien autrement que l'Opéra, on le sait. La réalité est autre que cette aspiration à l'harmonie universelle de Gluck. Et de tant d'intellectuels et musiciens qui ont cru en la primauté de la Culture et de la Beauté sur les tourments des hommes. Dans des temps récents, des Strauss et des Zweig ont été comme Gluck des Européens convaincus, contre la guerre et la violence des nations. Mais ils ont perdu.

Je lis Europa de Romain Gary. Il y soutient que le déclin d l'Europe vient de la séparation de la beauté et du bon. L'Europe n'existerait plus que dans les musées, comme un souvenir du beau que les fascismes ont détruit à jamais. Au dix-huitième siècle - celui de Gluck de David et de Goethe - jamais on n'aurait pense au Bon sans qu'il ne soit Beau. Liberté égalité et fraternité comme les exemples derniers du beau geste... Les fascismes on détruit le beau pour le kitsch et on n'en remonte plus.

Une lecture romanesque de notre histoire, peu étayée par des fait scientifiques. Et pourtant... cela laisse à réfléchir, et on peut regretter le bon Gluck et ses magnifiques hymnes de jeunes vierges qui s'opposent à la Barbarie...

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